Le Blog-Notes

Une pensée libre

Empathie

Posted by Lionel Sugier sur 10 avril 2018

Le mercredi 4 avril, sur France Inter, l’émission « Grand bien vous fasse » se déroulait autour d’un livre sur l’amour véritable, celui que l’on porte aux autres, et à soi-même, avec une histoire de méditation laïque quoique bouddhiste à laquelle je suis assez peu sensible. J’écoutais donc d’une oreille distraite lorsqu’un échange intéressant a attiré mon attention. Tous les invités prônaient la bienveillance, l’empathie, et l’un d’entre eux a déclaré que pour être bien dans sa vie, il fallait apprendre à « aimer » tout le monde, et surtout la personne qui vous agaçait derrière un guichet, ou bien au lieu de s’énerver dans les embouteillages, essayer de comprendre et de faire preuve d’indulgence. Une autre invitée a alors fait remarquer que pour ce dernier exemple, c’était dur, et elle ajouta : « surtout en ce moment. »

Je doute qu’elle ait vraiment envie de faire preuve d’empathie envers les grévistes ou d’amour pour les cheminots. Aimons-nous donc les uns les autres, sauf certains !

Et tiens, puisqu’on est sur l’empathie… Voilà, rapporté par Politis, ce qu’a déclaré récemment Mme Perrine Goulet, députée LREM de la Nièvre, à propos de la sécurité des installations nucléaires : rappelant que « c’est un délit de rentrer sur une centrale nucléaire », elle a défendu « la possibilité » de « ne pas se poser de questions, et, quand il y a intrusion, de tirer. » Amour, quand tu nous tiens…

Greenpeace a porté plainte pour incitation au meurtre. Greenpeace n’a pas compris qu’il fallait aimer Mme Goulet.

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Merdiacratie

Posted by Lionel Sugier sur 4 avril 2018

Dans Politis n° 1496, du 29 mars au 4 avril 2018, on peut lire en page 5 un article de Michel Soudais, intitulé « Une presse hostile », qui dresse le bilan du traitement par les médias dominants de la mobilisation dans la fonction publique et la SNCF. Tous les éditorialistes se réjouissent de la « faible » participation aux manifestations du 22 mars, point de départ d’une lutte qui ne fait que commencer. Et de citer en vrac dans l’article les noms des journalistes qui par leurs propos et leur traitement de l’information soutiennent activement le gouvernement dans sa volonté de « réforme » et de « modernisation » de notre société. On y retrouve pêle-mêle Thierry Arnaud et Ruth Elkrief de BFMTV, Christophe Jakubyszyn du 20h de TF1, « Le Parisien » de Bernard Arnault, Yves Thréard du Figaro, Yves Calvi de RTL, « Le Monde » dès février, Nicolas Demorand de France Inter, Patrick Cohen d’Europe 1, Apolline de Malherbe de RMC. Bien sûr, les grévistes sont hostiles au changement, ne défendent que leurs privilèges (pas mal vu de la part de journalistes qui gagnent dix fois plus qu’un cheminot…), et exercent un chantage menaçant de bloquer le pays. Michel Soudais est gentil, il oublie d’évoquer tous ceux qui parlent de prise d’otages.

Ensuite, on s’étonne de la réaction de Jean-Luc Mélenchon aux questions de cette même presse, majoritaire et unanime, qui titre « Mélenchon accuse les médias de faire un travail de merde ». C’est dit en langage certes plus fleuri que celui de Michel Soudais, langage qui peut choquer et qui dessert celui qui l’a utilisé si on n’en retient que l’expression lapidaire « travail de merde ». Voici donc, pour équilibrer, ce que j’ai pu recueillir des propos de Jean-Luc Mélenchon entourant cette formule choc :

« Les médias font une campagne de harcèlement contre les grévistes, à chaque fois c’est ça l’enjeu, mais au fond ça se résume à dire : est-ce que le pays est prêt à défendre ses services publics ou pas. Alors c’est l’enjeu de la lutte, hein… Eh bien, allez leur expliquer au lieu de faire votre sale boulot de pilonnage contre les grévistes. C’est vous, les médias, qui faites un travail de merde. Vous salissez les grévistes. Vous les insultez. Vous ne me demandez pas si le train va mieux marcher une fois qu’il sera privé ou si le statut va être modifié. Vous me parlez des gens désemparés sur les quais. Bien sûr que les gens sont désemparés sur les quais. Si vous allez sur le quai, c’est pour prendre le train, y a pas de train, vous êtes pas content. Mais il faut aller au fond, et réfléchir avec sa tête : sous les cheveux, il y a des os, et dessous il y a un truc gris, ça s’appelle un cerveau et c’est fait pour réfléchir à ce qui se passe. C’est une bataille de convictions, vous ne pouvez pas le comprendre. »

Un peu plus loin dans la manif, Mélenchon a été hué par des « anarchistes », selon le journaliste, qui l’ont traité de socialiste (1)… Et bien entendu c’est sur cela que la presse insiste. Pas sur l’enjeu, pas sur le service public, pas sur la privatisation…

(1) Moi j’en connais d’autres, pas si anarchistes que ça, qui persistent à clamer que « Mélenchon est un social traître parce qu’il vient du PS, donc méfiance… » Mais chhhhut… Faut pas le dire…

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Lettre ouverte au médiateur de Radio France

Posted by Lionel Sugier sur 14 janvier 2018

Pour la première fois de ma vie, j’ai écrit à une radio, celle que j’écoute depuis toujours : France Inter. Je me suis adressé au médiateur de Radio France.

Monsieur le Médiateur,

Je souhaiterais attirer votre attention sur les pratiques des producteurs de l’émission « Questions politiques », le dimanche de 12h à 13h sur France Inter, qui me paraissent discutables. Je commence par une citation :

« Jusqu’ici, en vertu de règles fixées en 2009, hors périodes électorales, les temps d’intervention de l’opposition parlementaire à la télévision et à la radio ne pouvaient être inférieurs à la moitié des temps de parole cumulés du chef de l’État (lorsque ses propos relèvent du « débat politique national ») et de la majorité présidentielle.

Mais, dans une décision publiée jeudi, le CSA annonce qu’il va mettre en place un nouveau système à compter du 1er janvier 2018, en vue de « moderniser la prise en compte des interventions des personnalités politiques, notamment en s’affranchissant des notions de majorité et d’opposition et en assurant une meilleure équité entre les formations politiques ». »

Source : Public Sénat

Donc, avant « l’équité » décidée pour janvier 2018, voici ce qui s’est passé dans « Questions politiques », sachant qu’on ne peut comparer que ce qui est comparable. Cette émission donne à peu près 45 minutes de parole à un élu, ce qui fait d’elle l’émission de France Inter où l’expression des élus est la plus longue. Depuis la rentrée de septembre 2017 et jusqu’en décembre, cette émission a reçu :

7 membres de LREM : É. Philippe (03/09), C. Castaner (24/09), A. de Montchalin (22/10), F. de Rugy (29/10), M. Pénicaud (12/11), G. Collomb (19/11) et L. Avia (24/12).

4 membres de LR : É. Woerth (01/10), V. Calmels (05/11), P. Stéfanini (26/11) et T. Solère (03/12).

3 membres du PS : S. Le Foll (17/09), S. Royal (08/10) et P. Moscovici (10/12).

2 membres du FN (du moins qui étaient membres du FN lors des élections présidentielle et législatives de 2017) : F. Philippot (15/10) et N. Bay (17/12)

1 seul membre de la FI : A. Corbière (10/09)

Aucun membre du PCF.

Donc, le contrat par rapport au CSA est largement respecté : 7 membres de la majorité parlementaire, 10 de l’opposition, ou plutôt des oppositions. Encore qu’il faudrait voir si le PS et LR sont ou non des opposants, en examinant leurs votes à l’Assemblée et au Sénat… Passons… Contrat respecté, donc…

Sauf que, pour entendre dans cette émission une parole de gauche alternative, quand on a un groupe de 17 insoumis et un groupe de 16 communistes et apparentés à l’Assemblée nationale (groupe Gauche démocrate et républicaine), il faut attendre longtemps… La dernière fois qu’un insoumis y a participé, c’était il y a plus de quatre mois ! Quant au PCF, pour avoir entendu leur intervenant le plus récent, Pierre Laurent, il faut remonter au 2 avril, soit plus de 9 mois en arrière ! Alors que le dernier FN entendu est passé il y a un mois seulement. Vous remarquerez que tous les groupes politiques (sauf, curieusement, la FI et le PCF) ont eu récemment un intervenant (en décembre).

Je souhaiterais que l’on évite de me répondre que je suis partisan, que je ne suis pas objectif, qu’il y a d’autres émissions qui permettent l’équilibre. Or, sur France Inter, comme je l’ai déjà dit, cette émission laisse la parole beaucoup plus longtemps et ne peut être comparée à des « moments Salamé » ou des interventions dans les journaux, plus courtes. Même l’invité principal de la matinale ne dispose pas d’autant de temps.

L’on pourrait également me rétorquer que M. Mélenchon refuse les invitations. Or, au sein de la FI, il y a 17 députés. Corbière, Coquerel, Autain, Ruffin, Quattenens et les autres existent aussi, et peut-être ne refuseraient-ils pas de venir s’exprimer chez vous. Encore faudrait-il qu’ils y fussent invités… Quant aux députés du PCF, je suis persuadé qu’ils ne demanderaient qu’à venir !

Je ne sais pas sur quelle élection va se fonder la nouvelle « équité » demandée par le CSA, sur les pourcentages du premier tour de la présidentielle ou ceux des législatives (ce qui n’aboutirait pas au même calcul) mais dans tous les cas cela ne pourra qu’augmenter le temps de parole de LREM et diminuer celui des autres. Voilà comment les oppositions, déjà bien desservies, auront de moins en moins accès aux grands médias. Avez-vous quelques informations à ce sujet ?

En attendant, je vous saurais gré de communiquer aux producteurs de « Questions politiques » mon souhait d’entendre des personnes que l’on n’a plus entendues depuis plusieurs mois.

Je vous remercie de votre attention, et vous présente mes salutations cordiales, ainsi que mes meilleurs vœux pour 2018.

Lionel Sugier, auditeur de France Inter depuis quarante ans.

Bien sûr, si j’ai une réponse, je la publierai sur ce blog. Je vous souhaite une bien belle année 2018.

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Les Françaises lambda de Léa

Posted by Lionel Sugier sur 6 décembre 2017

Le 30 novembre, dans « L’Émission Politique » sur France 2 (service public…), Léa Salamé recevait Jean-Luc Mélenchon. Je ne reviendrai pas ici sur tous les pièges qui ont été tendus à l’invité, depuis l’échange avec le « spécialiste de l’économie » (ultra-libérale) Lenglet, le soi-disant laïc mais surtout islamophobe Philippe Val, l’imbuvable macronolâtre Castaner, la rencontre avec un groupe d’agriculteurs très FNSEA très glyphosatophiles, jusqu’à l’obligation de répondre à une journaliste menteuse, Nathalie Saint-Cricq. Il y aurait un bouquin entier à écrire.

Je me contenterai d’évoquer cette séquence de l’émission où l’invité est confronté à des « Français lambda » à la sauce Salamé, une véritable escroquerie. Deux « Françaises lambda » sont là. La première, une jeune femme souriante, s’appelle Pauline Laigneau. Elle défend la récente loi travail que Macron a fait passer par ordonnances. Elle pleure parce qu’elle a une petite entreprise, qu’un de ses salariés l’a attaquée aux prud’hommes, bon, elle a gagné, mais passons. Qui est cette pauvre jeune entrepreneuse qui a peur des prud’hommes qui pourraient l’obliger à mettre la clé sous la porte si elle ne peut pas savoir combien lui coûte un licenciement ? Et qui, bien sûr, si elle ne licencie pas, ne peut pas embaucher (il faudra un jour qu’on m’explique cette « logique »). Oui, qui est cette pauvre petite fragile jeune femme ?

Pauline Laigneau a commencé par l’ENA. Elle a échoué au grand oral, alors elle a vu qu’elle s’était trompée de voie. Elle s’aperçoit que son credo, c’est l’entreprenariat (« une aventure personnelle, un désir ») et intègre HEC.

Après un petit tour comme stagiaire au Conseil d’État (le lot de toutes les Françaises lambda), elle commence sa carrière comme bras droit du cofondateur de la pâtisserie de luxe (en ligne) Hugo & Victor (déjà le nom, pardon mais j’ai du mal…).

Puis elle rencontre quelqu’un à qui elle souhaite se fiancer. En cherchant place Vendôme une bague avec rubis, elle ne trouve pas son bonheur, donc elle a l’idée géniale de créer avec son futur mari l’entreprise Gemmyo (logo : un chat rose, devise : « Jeune et joaillier ») qui se propose de vendre des bijoux en ligne. Elle lève des fonds à hauteur de 1 million d’euros auprès de « business angels », c’est-à-dire d’entrepreneurs qui ont pignon sur rue, puis elle fait une seconde levée de plus de 3 millions d’euros auprès d’Alven Capital. Comme toutes les Françaises lambda, elle connaît du monde.

Chez Gemmyo, le président est Charif Debs (le fiancé devenu époux), les deux directeurs généraux sont Pauline Laigneau et Malek Debs (frère de Charif). Une petite entreprise familiale qui emploie bon an mal an entre 18 et 33 salariés (on a du mal à connaître le nombre exact). Pauline est également gérante de l’entreprise Lapile, SARL unipersonnelle (ça veut dire qu’elle est seule dans la boîte) spécialisée dans le conseil pour les affaires et autres conseils de gestion. La SARL Lapile siège dans le directoire de Gemmyo. (Source : réseau LinkedIn)

Dans une interview de 2011 au Journal du Net, Pauline Laigneau dit proposer des bijoux dont le prix s’échelonne de 95€ à plus de 100 000€, avec un coeur de cible situé entre 400 et 2 000€. « Notre cible est occidentale, précise-t-elle, haut de gamme mais pas non plus milliardaire » et elle rit.

Pour le magazine Forbes, en 2017, elle évoque « une gamme dont les prix oscillent entre 100 et 400€ pour des « petits » cadeaux. Dans le même temps nous avons une gamme de joaillerie fine. »

En janvier 2016, comme à toutes les Françaises lambda, l’hebdomadaire Le Point lui demandait ses impressions sur les voeux du Président Hollande pour la nouvelle année. Extraits de ses réponses : « La France est au pied du mur et doit être secouée un bon coup. » « L’heure n’est plus à la demi-mesure, il faut jeter aux orties le code du travail, les 35 heures, un bon nombre d’impôts… » Quand François Hollande veut plus d’État, « le XXIème siècle nous crie d’en avoir moins ! » s’exclame Pauline.

Vous en connaissez beaucoup, vous, des Françaises lambda comme ça ?

Et la seconde, elle aussi jeune femme souriante, est la fille d’un écrivain célèbre, compagnon de Che Guevara, révolutionnaire dans les années 60, un certain Régis Debray. Elle, Laurence Debray, a pris le contrepied de ses parents gauchistes, est devenue admiratrice des États-Unis, a épousé un fils de Jean-Jacques Servan-Schreiber, a été trader pour le Crédit Lyonnais puis pour la banque HSBC (de sinistre mémoire…), s’est prise d’une admiration sans bornes pour le roi d’Espagne Juan Carlos dont elle a écrit une hagiographie, et travaille pour Paris Match et Point de Vue Images du Monde, souvent sur le thème des têtes couronnées. Elle a mené une enquête pour savoir si son père n’aurait pas par hasard dénoncé le Che à la police bolivienne. Elle a écrit un livre là-dessus (entre autres). Doit y avoir une sacrée ambiance pendant les repas de famille. Le soir de l’émission, elle défendait bec et ongles l’opposition actuelle au Venezuela. Inutile de dire qu’elle déteste Hugo Chavez et Jean-Luc Mélenchon.

Voilà donc les deux « Françaises lambda » que Léa Salamé avait choisi pour débattre avec Mélenchon. Des Françaises de base, totalement anonymes et prises au hasard, bien sûr…

Quoi que l’on puisse penser de la prestation de l’invité principal ce soir-là, ou même de ses opinions, on ne peut que constater que cette émission est un piège permanent, d’une malhonnêteté totale. Au lieu de discuter sereinement des propositions politiques de l’invité, en restant dans la contradiction argumentée et honnête, on cherche sans arrêt, à chaque séquence, à le faire trébucher, et une fois qu’il est à terre, à l’enfoncer dans le sol.

Et ça se passe sur le service public.

 

 

 

 

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Arpèges 6 : Rick Wright

Posted by Lionel Sugier sur 21 novembre 2017

La première fois que j’ai écouté l’avant-dernier album de Pink Floyd, « The Division Bell », ça devait être en 1994 ou 1995, j’ai été happé par l’unique chanson composée par Richard (Rick) Wright seul, avec des paroles d’Anthony Moore, « Wearing The Inside Out ». Le reste du disque est dominé par David Gilmour, célèbre guitariste virtuose du Floyd, compositeur, auteur et chanteur principal.

Historiquement, à l’époque du premier disque, « The Piper At The Gates Of Dawn » (1967), Pink Floyd était composé de Syd Barrett (guitare, chant, parolier et compositeur principal), Rick Wright (claviers, chant), Roger Waters (basse, chant, quelques compositions), Nick Mason (batterie). Puis Barrett est devenu « fou », détruit par la drogue, et le groupe l’a remplacé par David Gilmour (guitare, chant). Ont suivi une dizaine d’albums où chacun a pu composer, écrire, chanter, avec une domination de plus en plus importante de Roger Waters. Le point d’orgue de la célébrité du groupe date de 1973, avec l’album « Dark Side Of The Moon » et le méga-tube « Money ». À l’époque, si Waters était l’auteur de toutes les paroles, Wright, Mason et Gilmour participaient grandement aux compositions.

En 1979, avec « The Wall », Pink Floyd connaît un nouveau succès mondial. Tout le monde se souvient des choeurs (glaçants) d’enfants chantant « We don’t need education/ We don’t need no thought control/No dark sarcasm in the classroom/Teacher leave us kids alone » suivis par un solo ravageur de David Gilmour. Pendant la tournée monumentale de The Wall, Roger Waters se débarrasse de Richard Wright, qui mettra du temps à réintégrer le groupe. Son licenciement fait l’objet d’un contrat. Ambiance… On est loin des quatre copains qui montent un groupe pour s’amuser ensemble…

Depuis 1975 et le disque « Wish You Were Here », Wright n’avait plus rien composé. Les deux disques suivants de Pink Floyd, « Animals »(1977) et « The Wall » sont l’oeuvre quasi exclusive de Roger Waters, avec quelques crédits, pour la musique, au guitariste chanteur David Gilmour (1 titre sur 5 pour « Animals », 3 titres sur 26 pour « The Wall »). En virant Wright, Waters s’affirme comme le  patron de Pink Floyd. Le batteur, Nick Mason, bonne pâte, se contente de (bien) taper sur ses fûts, et Gilmour ne dit rien. Le dernier disque du Floyd avec Roger Waters, « The Final Cut », en 1983, ne mentionnera le groupe que comme interprétant un album conçu par Roger Waters, et Rick Wright a disparu. Cinq autres musiciens viennent « épauler » les 3 Floyd restants. Tout a été écrit et composé par Roger Waters, et seuls surnagent par endroits quelques solos de guitare de Gilmour pour rappeler l’ancien Pink Floyd (Ceci dit j’aime beaucoup ce disque, que les fans du Floyd adorent détester… Je crois que j’aime tout Pink Floyd… Une véritable addiction…)

Après ce disque, Waters dissout Pink Floyd. Il sort un disque sous son seul nom, un projet qu’il avait présenté aux autres avec « The Wall », et qui avait été refusé, « The Pros And Cons Of Hich Hiking » avec sur la pochette une fille nue qui fait du stop (pochette diversement appréciée par les unes et les autres…). Gilmour sort lui aussi un disque solo, « About Face ». On est en 1984. La compétition est lancée. Il faut souligner qu’en 1978, après « Animals » où Waters avait commencé à asseoir son pouvoir sur le groupe, Wright (avec « Wet Dreams ») et Gilmour avaient sorti chacun leur premier disque solo. Histoire de dire Hé Roger, t’as vu, on existe…

Et puis voilà, un jour, Gilmour se dit Et pourquoi pas relancer Pink Floyd, après tout ce n’est pas que le groupe de Roger, c’est aussi le mien et celui de Nick (Rick est parti).

Waters se rebiffe. Procès. Entente : OK, vous refaites Pink Floyd, les mecs, mais sans moi ça va être nul, je vais rigoler, et en attendant vous me versez un pourcentage sur tout ce que vous vendez sous le nom de Pink Floyd. Banco.

La même année (1987), le Pink Floyd deuxième mouture (Gilmour et Mason) sort « A Momentary Lapse Of Reason ». Richard Wright joue dedans, mais « à l’essai » : il n’est pas encore réintégré dans le groupe (sa volonté ? Celle de Gilmour et Mason ? Mystère…). Et Roger Waters, teigneux, sort un disque solo dans la lignée de « The Wall », « The Final Cut » et « The Pros And Cons… », c’est « Radio K.A.O.S. ». Et, des deux albums, c’est le nouveau Pink Floyd qui rafle la mise, même si, comparé à ses prédécesseurs, il fait un peu léger.

En 1988, Gilmour aide à faire surgir de l’ombre une compilation (et quelques inédits) de Syd Barrett, « Opel », enregistrée au début des années 70. Une tournée du Floyd nouveau accouche d’un disque en public, « Delicate Sound Of Thunder », où Richard Wright est enfin réintroduit comme membre à part entière du groupe aux côtés de Gilmour et Mason. Ils jouent des titres de presque toutes les époques du Floyd.

En 1990, Waters chope tous les potes musiciens qu’il connaît (sauf ses anciens compagnons du Floyd…) pour balancer son « The Wall Live In Berlin ».

Deux ans plus tard, il sort son 3ème album solo, « Amused To Death ».

Encore deux ans, et Pink Floyd troisième mouture (Gilmour, Mason, Wright) envoie ce qui aurait dû rester son ultime disque, selon les voeux de Gilmour, « The Division Bell ». Suivi d’une tournée qui donne l’album live « P.U.L.S.E. » en 1995. Le guitariste souhaite maintenant se consacrer à une carrière solo, ne s’interdisant nullement de reprendre dans ses concerts tous les titres de Pink Floyd auxquels il a participé comme compositeur, et ils sont nombreux.

Et c’est dans ce disque, « The Division Bell », que Rick Wright reprend totalement sa place, auteur, compositeur et chanteur discret, notamment avec cette chanson que je trouve magnifique, « Wearing The Inside Out », et que je vous invite à aller chercher sur You Tube ou ailleurs. Sur les 10 autres titres, Wright est crédité comme co-compositeur de 4 d’entre eux. En 2008, David Gilmour et son groupe faisaient une tournée après son disque solo « On An Island », et Rick Wright était parmi les musiciens. On peut retrouver la vidéo de « Wearing The Inside Out » sur le DVD « David Gilmour Live In Gdansk » ou sur You Tube. C’est magnifique, et très émouvant.

Richard Wright est mort le 15 septembre 2008, à 65 ans. Cancer. En 2014, Gilmour et Mason ont enregistré ce qui sera vraiment le dernier disque de Pink Floyd, un long hommage à Rick presque entièrement instrumental à partir des chutes de « The Division Bell », et puis Gilmour évoque Wright dans son dernier disque solo « Rattle That Lock » (2015) et sur la scène d’un légendaire amphithéâtre dans son « Live At Pompeii » (2017).

Richard Wright est mort, mais Mason, Gilmour et Waters sont là, les deux derniers sortent des disques en 2017, ce ne sont pas des dinosaures disparus avant notre ère, le dernier CD de Waters (« Is This The Life We Really Want ») est magnifique, un jour peut-être je vous en parlerai.

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Un peu de douceur…

Posted by Lionel Sugier sur 11 novembre 2017

« Aujourd’hui, mon petit chaton a sauté sur la chaise et s’est roulé en boule avant de s’endormir. »

Ce petit texte est une auto-dictée proposée à des élèves de CE1. Il ne présente rien d’extraordinaire, il n’a pas de réelle valeur littéraire, il raconte une scène familière à la plupart des enfants. On pourrait demander un peu plus d’imagination à la personne qui l’a écrit et le propose dans un manuel scolaire. On pourrait se dire que le gars (ou la fille) qui a inventé cette phrase ne s’est pas foulé. On pourrait lui reprocher de faire dans le banal, de ne pas stimuler l’inventivité des enfants, leur imaginaire. On pourrait lui faire remarquer qu’il y a des choses plus importantes, plus signifiantes, plus graves, plus sérieuses, plus originales à proposer à des gosses de 7 ans. On pourrait trouver que sa phrase est un peu trop bisounours. Bisouchat, en l’occurrence.

Eh bien moi, cette phrase, je n’arrête pas d’y penser depuis que je l’ai lue. Et plus j’y pense, plus je pense à sa simplicité basique, plus je trouve qu’elle est parfaitement adaptée à des enfants de CE1. Mieux : qu’elle leur est absolument nécessaire.

Aujourd’hui, dans leur vie quotidienne, les enfants sont confrontés à toutes sortes de choses qui reflètent la réalité du monde, mais qui les sortent trop tôt de la période de leur vie qui devrait être la plus protégée, leur enfance. Ils entendent parler de terrorisme, de meurtres, de disparitions. Ils en voient des images à la télé, souvent regardée pendant les repas du soir. Mon petit-fils connaissait à cinq ans les noms des assassins des attentats de Charlie et de l’Hyper Cacher, il les entendait partout, les répétait sans cesse. Les enfants sont confrontés au stress de leurs parents, sont aux premières loges en cas de conflit conjugal,  sont bousculés parce que les parents sont toujours pressés, bref ils ont une vie souvent déstabilisante, et on s’étonne qu’ils soient parfois des enfants « difficiles », et qu’à écouter les enseignants, il y en ait de plus en plus.

Alors oui, une phrase comme celle du petit chaton est apaisante, rassurante. Elle peut aussi émouvoir. Elle met l’accent sur quelque chose de fragile et beau. Sur laquelle l’enfant n’avait peut-être pas pensé à s’arrêter auparavant. Peut-être que maintenant il prendra un peu de temps pour regarder son chat. Ou son chien, ou celui des voisins.

Bien sûr, à l’école, on va aussi parler de choses graves. L’enfant doit savoir qu’il peut parler à l’adulte pour évoquer un harcèlement, un deuil, un divorce, une inondation, un accident, un incendie… Il doit savoir qu’il peut, auprès d’adultes bienveillants, libérer sa parole, comme on dit aujourd’hui. Mais je pense que l’école doit également être le lieu où l’on parle des joies simples, où on les met en évidence.

Un lieu de l’émerveillement.

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Macronyme

Posted by Lionel Sugier sur 30 octobre 2017

Encore un président

des riches et des puissants

                                                                                                                                               

                                                                                                                                                Méprisant

                                                                                                                                                Arrogant

                                                                                                                                                Condescendant

                                                                                                                                                Ricanant

                                                                                                                                                Offensant

                                                                                                                                                Navrant

 

Et nous les gueux nous les manants

Nous les fainéants qu’est-ce qu’on attend ?

Cinq ans ? Vraiment ?

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Alors, les fainéants, on se bouge ?

Posted by Lionel Sugier sur 11 septembre 2017

 

Emmanuel Macron, notre Président de la République (je sais bien que certains disent « Ce n’est pas mon président », mais si mon pote, que tu le veuilles ou non…) a déclaré récemment avec courage, en français devant un auditoire grec : « Je ne cèderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes » (à lire en observant un long silence chargé de sens, comme dit l’autre, à chacune des virgules). Immédiatement on a assisté de la part de ses opposants, mais aussi des medias, à diverses remarques sur la deuxième partie de la phrase, en s’attardant surtout sur les mots « fainéants » et « cyniques ». Et en oubliant le reste, c’est à dire les quatre premiers mots, qui me paraissent les plus importants. La suite n’est qu’une provocation de plus, après les « illettrés », les « gens qui ne sont rien », j’en passe… Macron est coutumier du fait, et quand on parle de ses mots irrespectueux, on oublie le reste.

En l’occurrence, le reste, c’est « Je ne cèderai rien ». Si je ne me trompe, depuis près de quinze ans (peut-être plus), les mobilisations de rue en réponse aux attaques des divers gouvernements contre le système de protection sociale n’ont plus fait céder aucun pouvoir, que ce soit sous Sarkozy ou sous Hollande. Macron, pas plus que ses prédécesseurs, ne cèdera rien. Pourquoi le ferait-il ? Il sait bien que les manifestations programmées par les syndicats, ne dépassant jamais un jour, finissent par s’étioler. Pour qu’il cède, il faudrait plus qu’une journée de lutte par-ci par-là, d’abord une par semaine, puis une par mois, puis plus rien…

Je ne vois rien d’autre qu’un blocage du système par la grève générale, reconductible, illimitée, appelez ça comme vous voudrez. Et peut-être que là…

Je sais. C’est facile à dire, moins à faire, ça ne se décrète pas, etc. Mais ça s’est fait par le passé, il y a longtemps, ou plus récemment. 1936, 1968, 1995, ça nous parle encore, non ? Moi je l’ai faite, la grève illimitée. En compagnie de beaucoup d’autres. C’est sûr, c’est difficile, il faut parfois que ceux qui ont un peu plus aident financièrement ceux qui ont moins. Il faut s’organiser. Mais si moi, fainéant, cynique et extrême comme je suis, je l’ai faite, d’autres aujourd’hui peuvent la faire, non ?

Ceci dit, et en attendant mieux, rendez-vous dans la rue le 12 (c’est demain), le 21 et à Paris le 23. Faisons-le céder !

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Question

Posted by Lionel Sugier sur 16 août 2017

 

Le 5 juin 2013, à Paris, France, à l’issue d’une rixe entre jeunes fascistes et jeunes anti-fascistes, Clément Méric, 19 ans, meurt. Il faisait partie du groupe des anti-fascistes.

Le 12 août 2017, à Charlottesville, États-Unis, à l’issue de heurts entre manifestants racistes et contre-manifestants anti-racistes, une voiture fonce sur les contre-manifestants et tue Heather Heyer, jeune femme de 32 ans.

Question : pourquoi c’est toujours les bons qui meurent à la fin ?

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La fabrique des icônes

Posted by Lionel Sugier sur 3 juillet 2017

La triste nouvelle de la mort de Mme Simone Veil vous aura difficilement échappé. Tous les medias ont célébré cette femme courageuse, mettant en avant son passé de déportée et sa lutte acharnée pour le droit à l’avortement. Loin de moi l’intention de revenir sur les qualités de cette grande dame, mais je n’y peux rien, je suis comme ça, l’unanimité des hommages à une personne célèbre me paraît toujours un peu suspecte. On parle déjà de faire entrer la dépouille de Mme Veil au Panthéon. Aucune voix critique ne semble autorisée à s’exprimer. Aucun doute, aucun bémol n’apparaissent dans le concert général qui s’élève de tous les journaux, toutes les radios, toutes les télés, et même sur les réseaux sociaux, à quelques très rares exceptions près. C’est ainsi que l’on fabrique des icônes, sans aller jusqu’à falsifier l’Histoire, du moins en mettant en valeur les bons côtés de la personne disparue, et en oubliant les moins bons. On peut ne pas être d’accord avec l’eurolâtrie de Mme Veil, ou sa sympathie pour la manif pour tous, de toutes façons personne n’en parle. Une nouvelle icône est née.

Je ne m’attarderai pas plus sur les actes de Mme Veil, dont certains furent remarquables, d’autres plus discutables.

Ce qui m’intéresse ici, c’est la fabrication des icônes par les medias dominants.

Prenons l’abbé Pierre. Il fut et reste l’une des personnalités préférées des Français. Certes, il a poussé un grand coup de gueule en 1948, et a sensibilisé chacune et chacun au sort des plus démunis. Dans la foulée, il a créé les Compagnons d’Emmaüs, qui font encore à notre époque un travail magnifique. Comme on ne nous parle que de cela quand on évoque l’abbé Pierre (on en a même fait un film), c’est forcément un grand homme, un homme hors du commun, une icône. Mais qui se souvient que l’abbé a toujours soutenu son ami Roger Garaudy, écrivain qui niait violemment la Shoah et l’existence des chambres à gaz ? Personne, ou presque. C’est normal : on ne doit pas salir une icône.

Toutefois, quand il y a consensus pour dire toutes les vérités, on évite l’icônisation. Dans le domaine littéraire, si on s’était contenté de lire et d’encenser (avec raison) le « Voyage au bout de la nuit » et « Mort à crédit », les deux premiers livres de Louis-Ferdinand Céline, celui-ci, par la nouveauté et la richesse de son style, révolutionnant toute littérature française antérieure, aurait pu devenir une icône. Mais on a également su souligner la férocité de son antisémitisme, et tout de suite ça gâche le tableau. C’était une époque où la communication n’avait pas atteint le niveau vertigineux d’aujourd’hui, mais où la presse était sans doute largement pluraliste, ce qui est moins le cas maintenant (euphémisme…). Ainsi on a pu connaître le côté sombre du personnage.

Autre exemple, très actuel : une certaine partie de la gauche voudrait faire de Jean-Luc Mélenchon une icône. Là, pas de risque : le reste de la gauche, et tous les autres partis ou mouvements, sans parler des medias, se chargent de ne mettre en valeur que ce qui le dessert. J’ai beaucoup de respect pour la culture et la force de travail de Mélenchon, j’adhère au programme de la France Insoumise, mais je n’adule pas son leader, je lui trouve quelques défauts, que j’évoquerai peut-être un jour.

Lui-même est d’ailleurs victime de l’icônisation d’un homme qu’il admire : François Mitterrand. Comme pour De Gaulle, avec le temps qui passe, tout le monde s’accorde à le considérer comme un grand homme. Certes, il a été le Président sous lequel la peine de mort a été abolie. Ce n’est pas rien. Pendant les deux premières années de son premier septennat, les avancées sociales ont été nombreuses. Ce qui s’est passé ensuite est moins glorieux. Pire, on oublie son rôle lors des grèves des mineurs de 1948, et lors de la guerre d’Algérie. Réprimer les ouvriers, les envoyer au casse-pipe n’est pas ce qu’on a retenu le plus de François Mitterrand. Là aussi, on a fabriqué une icône…

Méfions-nous de l’unanimisme. Même ceux qui trouvent plutôt grâce à mes yeux, Che Guevara, Martin Luther King, Nelson Mandela ne sont pas exempts de défauts. Personne n’est parfait. Il n’y a pas d’homme providentiel. Ni de femme. Tous les progrès de la société, même si à un moment donné de l’Histoire ils sont incarnés par une femme ou un homme, sont le produit de longues années de lutte menée par de nombreux anonymes. Ne cédons pas à l’icônisation. Ne soyons pas admirateurs béats.

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