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Bob Dylan chante comme un pied

Posted by Lionel Sugier sur 9 novembre 2012

Dans le domaine de ce qu’on peut appeler globalement la musique rock, Bob Dylan est sans doute l’un des plus grands artistes de la deuxième moitié du XXème siècle et au-delà. Au moins jusqu’à aujourd’hui.

Je sais, je vous l’ai déjà dit. J’aime bien enfoncer des clous.

Après sa période folk, poétique et engagée, il eut le nez de passer à l’électrique en 1965, sans doute influencé par les petits jeunes venus d’Angleterre, les Beatles et les Stones. Suivirent 10 ans de disques inimitables et inventifs, depuis « Bringing It All Back Home » jusqu’à « Blood On The Tracks », en passant par l’inégalé « Blonde on Blonde ».  En 1976, il publie « Desire », disque atypique, très attachant, avec le violon de Scarlett Rivera en vedette.

Puis Dylan s’enfonce dans une longue période contre-productive teintée de bigoterie, d’où surnagent à peine un ou deux titres de « Slow Train Coming » produit par Mark Knopfler, de Dire Straits. On croyait Bob Dylan définitivement perdu.

Arriva alors, en 1989, le miracle « Oh Mercy », concocté avec le producteur canadien Daniel Lanois. Une vraie renaissance. Certains critiques considèrent encore aujourd’hui qu’il n’a jamais fait mieux depuis.

Pourtant, après quelques années où il exhuma des vieux trucs inédits (les Bootleg Series Volumes 1 à 3), souvent très beaux, et deux disques épurés (guitare – voix) de reprises de standards folk, Dylan re-revient avec « Time Out Of Mind », premier disque de titres originaux depuis 6 ans. On est en 1997.

Un soir de cette année-là, j’écoute Bernard Lenoir sur France Inter, et je découvre le (superbe) premier morceau de ce disque, « Love Sick ». La productrice de l’émission, Michèle Soulier, se marre devant les commentaires admiratifs de l’animateur, et lui dit : « Oui, mais…la voix !!! »

En effet. « Time Out Of Mind » est le premier des 4 disques (à ce jour) de Dylan où il chante comme une casserole. Du moins à la première (et superficielle) écoute. Sa voix est beaucoup plus grave, rauque, abîmée. Mais si vous écoutez ce disque et ceux qui ont suivi (« Love And Theft » en 2001, « Modern Times » en 2006 – à mon avis le meilleur des quatre – et le tout récent « Tempest », 2012) vous voyagez dans tout ce que la musique populaire nord-américaine a offert au monde depuis le blues jusqu’au swing en passant par le rockabilly, les ballades country, la musique de piano bar, le square dance, les chansons d’inspiration irlandaise des vieux westerns… Avec des morceaux d’une durée souvent longue, des histoires poétiques, joyeuses ou déprimantes.

Cette voix éraillée, dérangeante, est beaucoup plus travaillée et variée qu’on ne la perçoit à la première écoute. Mais Dylan a-t-il jamais eu ce qui s’appelle une « belle » voix ? Souvenez-vous de « Blowin’in the wind », c’était plutôt assez nasillard, non ?

La voix de Dylan ? Aujourd’hui comme hier, elle peut rebuter, mais c’est la sienne, immédiatement reconnaissable, au service de textes magnifiques qui lui vaudront peut-être un jour le Nobel de littérature (on en parle depuis plusieurs années) et de mélodies qui recoupent toute l’histoire musicale des États-Unis.

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