Le Blog-Notes

Une pensée libre

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Ce que je dis ne sert à rien / …et je crois bien que je m’en fous

Posted by Lionel Sugier sur 4 juillet 2011

Pour commencer, je vous propose une devinette : qui est l’auteur du titre ci-dessus, composé de deux octosyllabes formées de mots monosyllabiques, peut-être le début d’un poème moderne ou d’une chanson, un slam, un rap ?

Le gagnant aura droit à toute ma considération, d’autant que je ne pense pas que quiconque puisse trouver la bonne réponse.

Puis j’en viens au fait : qui s’intéresse aujourd’hui, si on ne fait pas trop pipeul, à ce que des milliers de gens écrivent sur un blog ? Combien de petits blogueurs obscurs, comme ici Grégoire et moi, ont-ils de lecteurs ? Internet n’est-il pas juste un miroir aux alouettes de plus, faisant croire que chacun pourrait parler à chacun, alors que les blogs et les sites tenus par les journalistes confirmés, les journaux connus, les célébrités de l’époque reçoivent des centaines, voire des milliers de visiteurs par jour ? Internet n’est-il pas juste un prolongement du « Vu à la télé » ?

Bon alors moi, naïvement, je m’amuse. Mais je me demande. À quoi peut bien servir que je vous parle de Lennon, Bob Dylan, Leonard Cohen ou Neil Young ? Ils ont pignon sur rue, même si certains de ceux qui me lisent n’en ont que vaguement entendu parler. Ils n’ont pas besoin de moi pour vivre (ou, s’agissant de John Lennon, de rester présent après la mort – sourire énigmatique de Yoko).

Idem pour des auteurs mondialement connus comme Joyce, Céline, Proust ou Faulkner. Sauf qu’ils ne sont pas assez saint christolennement connus, du moins pas par tous les gens qui nous lisent. Mais lequel d’entre vous est allé y voir de plus près ?

Que dire des plus confidentiels, Calexico, Daniel Johnston, Mark Linkous (alias Sparklehorse), Mercury Rev, Grandaddy mon groupe fétiche (mes sonneries de téléphone, c’est eux ; la musique pour accompagner mes élèves dans leurs évolutions pour la fête de l’école, c’est eux), Vic Chesnutt, Midlake ? Les seuls (rares) retours que j’ai sur le blog c’est celui des fans, des accros, des spécialistes, qui tapent leur nom sur Google et viennent voir ce que j’écris. Je ne pense pas avoir amené un seul de mes lecteurs réguliers sur ces musiciens.

Il y a un fan club de Diadorim aussi, et ce sont les seuls qui viennent lire ce que j’ai écrit à propos de ce merveilleux bouquin sur lequel ils en savent plus que moi, des universitaires spécialistes de la langue portugaise modifiée Brésil… Idem pour les inconditionnels de Tony Hillerman.

Avec Internet, on n’évolue pas. On se conforte, on se confine dans notre étroite sphère culturelle.

Internet ne sert qu’à créer des réseaux de déjà initiés, des réseaux sur la pêche à la mouche, sur les collections de timbres, sur la fusion nucléaire, sur la révolution permanente, sur les Beatles, sur la généalogie… Un faisceau de clubs, de sectes, fermés les uns aux autres. Internet accentue les clivages, les différences.

Quand on écrit sur un blog on ne sert à rien. Qu’à se faire plaisir à soi-même.

Bon. C’est déjà ça.

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