Le Blog-Notes

Une pensée libre

Archive for juin 2010

Que restera-t-il entre nos oreilles ?

Posted by Grégoire Abitan sur 28 juin 2010

Alors que débute la nouvelle grille de l’été* sur France Inter, les annonces concernant celle de la rentrée indiquent une nouvelle fournée de passages à la trappe.

Exit Esprit Critique.

Exit Et pourtant elle tourne.

Exit également les deux chroniqueurs Porte et Guillon.

Et si, pour les deux derniers on peut y voir une volonté de la direction de sanctionner les débordements qu’on a pu constater dans certaines chroniques (on ne peut pas être génial et hilarant tout le temps), j’avoue ne pas comprendre l’arrêt des deux émissions citées plus haut, aussi belles et indispensables l’une que l’autre.

De plus, en rapprochant cela de la mise hors d’ondes de l’émission La bande à Bonnaud et de son animateur Frédéric Bonnaud en 2007, c’est bien une reprise en main de France Inter qui s’est produite sous couvert des faibles résultats d’audience de ces émissions. Et alors ? En quoi la course à l’audience devrait être le seul mode d’évaluation des émissions sur cette chaîne si particulière que nous avons tous tendance à nous approprier ? Car oui, France Inter c’est ma radio aussi, comme beaucoup d’entre vous, j’ai grandi avec. Réécoutons François Morel, ce vendredi 25 juin, il le dit lui aussi à sa façon dans sa dernière chronique de la saison.

Cette reprise en main serait politique selon beaucoup d’observateurs. Ah bon ? Pas si sûr ! Il faut chercher plus loin.

Esprit critique était une émission brève, dans laquelle une part belle était laissée aux silences. Celui du respect du journaliste face à son invité (en fait il en était lui-même l’hôte), celui de la réflexion avant de s’exprimer de la plupart des artistes chez lesquels nous avons été introduits, celui du temps qu’on laisse s’écouler pour capter l’atmosphère d’un lieu (chambre, bureau, bibliothèque). Je ne peux m’empêcher à cet instant d’avoir une pensée émue pour Kriss et ses « Portraits sensibles » car là aussi on retrouvait cette émotion sincère et insouciante. Vincent Josse ne s’occupait pas de vous savoir en train de foncer vers votre lieu de travail à cette heure-là ou en train de pester dans les embouteillages. Vincent Josse n’avait cure du risque de zapping des auditeurs, et il avait bien raison, nous étions en fait captifs volontaires de cette parenthèse d’intimité culturelle. Et c’est cette liberté et la sincérité des dialogues qui ont été les plus dérangeants à mon avis.

Et pourtant elle tourne était elle aussi originale dans un autre style : nous nous retrouvions en des points variés du globe, présents lors d’événements culturels, politiques, sportifs ou même climatiques. Là aussi, pas de contrainte visible, ce qui donnait une impression d’improvisation permanente. Là aussi beaucoup de respect pour les différentes cultures rencontrées. Là aussi visiblement trop de liberté pour l’auditeur standard que veut viser la chaîne désormais. Là aussi, l’auditeur en train de foncer cette fois pour rentrer chez lui ou en train de pester à nouveau dans les mêmes embouteillages que 12 heures plus tôt se retrouvait radiotransporté. Et n’aimiez-vous pas ce petit sentiment d’exaltation à la conclusion de chaque émission, quand on nous donnait l’heure locale et l’heure de Paris ? On avait un peu l’impression de ressentir les effets du décalage horaire…

A qui le tour ensuite ? Combien d’émissions va-t-il rester permettant à l’auditeur d’échapper à la logique, aux lois de l’audimat, aux réclames institutionnelles d’assurances ? On revient toujours là, au contrôle du temps de cerveau des auditeurs…

Vous pouvez retrouver les archives de certaines émissions sur le site de France Inter.

* surtout, qu’on me dise pourquoi faut-il des programmes spécifiques pour l’été ? De juillet à septembre, il n’y a plus d’actualité ? Mais qui donne ce diapason de superficialité ?

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Opium

Posted by Lionel Sugier sur 25 juin 2010

D’aucuns inventent aujourd’hui l’eau chaude en affirmant que l’opium du peuple, ce n’est plus la religion, mais le foot. C’est oublier qu’en 1976, Jean-Marie Brohm, professeur d’EPS, sociologue, anthropologue et philosophe, parlait déjà, dans la plus pure tradition marxiste, du « spectacle sportif de masse, véritable opium du peuple ». Et il n’était sans doute pas le premier à en parler ainsi.

Ce 24 juin, sans doute plus d’un million de personnes sont descendues dans la rue pour refuser le projet de loi sur les retraites proposé par le gouvernement. Un million, deux peut-être, en tous cas beaucoup plus que ceux qui « supportent » encore l’équipe de France de football.

Dans la phrase précédente, le verbe « supporter » est impropre, c’est un anglicisme qui remplace de plus en plus, dans les media ou au bistrot, le verbe « soutenir » qui a le mérite d’exister et de dire (correctement) la même chose. Il est vrai que l’équipe de France (et le foot en général) sont de plus en plus difficiles à supporter (au vrai sens cette fois).

Revenons à l’opium : de retour de manif, qu’entend-on dans les radios périphériques, qui ne sont pas en grève, contrairement à la radio publique qui diffuse un programme musical ? (Heureusement, RMC, RTL et Europe 1 sont là pour nous informer, pas comme ces fainéants du service public !)

On entend du foot, du foot, du foot et puis encore du foot. Dans des émissions de débats, des journalistes, des artistes, des chroniqueurs, des invités, des philosophes, en cette grande journée de mobilisation, nous parlent de foot.

Et aussi un peu de Sarkozy qui, sans doute en réponse aux manifestants, reçoit Thierry Henry. Comme rien n’a filtré de leur entretien (voilà l’info !) on ne saura pas ce que ce prestigieux invité à la main leste pense de la réforme des retraites.

Vive l’information libre et pluraliste dans un grand pays démocratique !

Et bien sûr, vive le foot !

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Paradoxes

Posted by Lionel Sugier sur 18 juin 2010

Le 18 juin 2010, France Inter (radio du service public) se déplace à Londres, dans les studios de la BBC, pour célébrer les 70 ans de l’appel du général de Gaulle.

Le 18 juin 40, la radio publique d’État s’appelait Radio Paris et était aux ordres de Pétain. De Gaulle lançait alors un appel depuis la BBC de Londres pour encourager les Français à résister à l’occupant. Ce message ne fut jamais enregistré. Il n’y a pas d’archive sonore de l’appel du 18 juin. Officiellement, c’est un incident technique qui aurait empêché l’enregistrement. Mais on sait bien que le grand type dégingandé et un peu folklo qui tenait absolument à lire son bout de papier au micro agaçait sérieusement Churchill, qui se voyait comme seul adversaire sérieux de Hitler pour dominer l’Europe. On laissait parler de Gaulle parce qu’il était un peu casse-bonbons, le genre à insister lourdement dans ton bureau jusqu’à ce que tu cèdes pour qu’il te fiche la paix.

On connaît la suite. La Résistance, l’intervention américaine (Ah, Sardou, « Si les Ricains n’étaient pas là… » !!! niant l’engagement de milliers de maquisards morts de la barbarie nazie…), et puis Yalta. Qui l’a vu, de Gaulle, sur la photo, à Yalta ? Vous savez pourquoi il n’y était pas ? Demandez à un prof d’histoire.

Et puis voilà le 18 juin 2010 : la radio publique française, fille de Paris Inter qui, à la fin de la guerre, remplaça Radio Paris (« Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand » chantait Pierre Dac sur l’air de La Cucaracha) et la BBC, hier réticente au général, fêtent aujourd’hui l’appel que l’une vomissait et que l’autre occultait.

Bien sûr, ce ne sont plus les mêmes radios. France Inter n’est même pas l’héritière directe de Radio Paris, à l’origine radio privée dont les fondateurs créèrent ensuite RTL, et rachetée par l’État en 1933. Mais force est de constater qu’avec les nominations de Jean-Luc Hees et de Philippe Val, anciens hommes de gauche, il y a collusion entre France Inter et Sarkozy. Quant à la BBC, je l’écoute rarement, mais je ne me souviens pas qu’elle ait été virulente contre la mère Thatcher quand celle-ci laissait crever Bobby Sands en prison et démantelait la classe ouvrière anglaise.

Je me trompe peut-être, je ne suis pas historien… Mais cette célébration unanime, oecuménique, en 2010, ne l’était pas autant, c’est le moins qu’on puisse dire, en 1940.

De Gaulle, après, c’est une autre histoire, hein… Très critiquable aussi, le garçon… On en reparlera peut-être un jour.

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Intimes convictions

Posted by Grégoire Abitan sur 15 juin 2010

Décidément c’est une manie ! Dès le titre, je tente de semer le trouble en vous.

Alors que viennent de passer quelques jours sans nouveaux billets (Fini ? Le sac à humeurs s’était vidé ?), je réalise que cet exercice nous entraîne bien plus loin que la nécessaire expression de nos humeurs. On a commencé par évoquer nos lectures, nos musiques et voilà qu’ensuite on a enchaîné avec des souvenirs d’enfance.

Ce blog tournera-t-il en journal intime ? Faut-il en changer la présentation et mettre de la décoration avec des fleurs sur les côtés, de l’encre bleue, un petit cadenas pour l’ouvrir et commencer chaque billet par « Cher journal… » ? Mais qui pourrait être intéressé alors par ces remontées de nos passés respectifs ?

Pourtant, malgré ce travers qui pointe, nous restons totalement dans la traduction de nos convictions. Et ces convictions sont entières sur tous les sujets.

C’est vrai, il y a peu de commentaires sur nos articles (au passage, un cordial bonjour à Arnaud), et je pensais que, comme nos proches nous le répètent, c’était en raison du côté parfois « intello » (un ami qualifie même cela affectueusement d’un : « Mais, vous êtes de grands malades ! »– au passage cette fois, un cordial bonjour à Chris !-). À la réflexion, c’est peut-être en raison de cette intimité dévoilée qui place chacun devant ses propres pensées personnelles, que peu d’entre vous se lancent dans les commentaires.

Pourtant, on n’est fait de rien d’autre que de mots et il est vite grisant de laisser ses doigts courir sur le clavier. Allez-y, essayez, vous sentirez aussi cette impression libératrice qu’il y a à livrer quelque chose de soi. Surtout que personne n’est forcé de venir ici lire quoi que soit.

Et s’impliquer c’est aussi ce qu’on attend de nous en tant qu’élus non ? Vous voyez, on ne sort pas vraiment du sujet…

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Relativité du temps

Posted by Lionel Sugier sur 11 juin 2010

Internet.

Quelle contrainte.

Quand on est administrateur d’un blog, on est fortement incité par le site d’accueil à aller voir les statistiques. On apprend alors combien on a eu de visiteurs par jour, on voit un graphique et on devient vite accro. En général, quand on publie un nouvel article tôt le matin, le nombre de visiteurs croît dans la journée, le lendemain il peut encore augmenter ou déjà commencer à décliner, et dès le surlendemain c’est la dégringolade jusqu’au prochain billet, et ça recommence. Le mythe de Sisyphe est devenu réalité.

On a envie d’être lu, parce qu’on pense avoir des choses intéressantes à partager, alors on pond. Mais on pond au rythme des stats, pas à notre propre rythme. Les stats nous bouffent, nous forcent à pondre. On devient des stakhanovistes du blog. Des esclaves pour de bon, pas comme le vrai Stakhanov dont on sait aujourd’hui qu’il a triché, soutenu par l’état soviétique de l’époque.

Et on balance des choses tous les trois à cinq jours, comme si on n’avait que ça à faire, parce que le temps, aujourd’hui, n’a plus la même valeur qu’hier.

On est là, imbéciles, à se dire mais pourquoi hier on a eu toutes ces visites et aujourd’hui on en a à peine la moitié ?

Et encore, Grégoire, moi, on est deux, on peut se relayer… Mais le pauvre blogueur lambda, comme nous, qui en plus blogue tout seul ?

Je le plains.

Ce que je ne comprends pas, c’est le manque de curiosité des lecteurs. (Je vais pas me faire des amis, les stats vont baisser !)

En général, ils lisent la page d’accueil, le dernier billet, puis un peu avant, et après ils zappent. Parce que ça aussi, c’est écrit dans les stats, ou enfin juste à côté. Tu sais combien de gens sont allés lire quoi. La vraie angoisse.

Surtout que vous avez tendance à lire davantage les articles de Grégoire que les miens. Je suis très jaloux, obligé de reconnaître qu’il a plus de talent que moi… Vous voyez, lecteurs impitoyables, ce que vous me faites écrire !

Chers, très chers lecteurs, pourquoi n’allez-vous pas chercher un peu dans la préhistoire (il y a quatre mois) de ce blog, vous y trouverez des articles sur la littérature, la musique, le cinéma, des billets d’humour, des petits trucs sans prétention, « modestes et géniaux » comme dit Daniel Mermet, des articles de Grégoire et de moi, quand nous étions encore égaux… Pourquoi s’arrêter à nos dernières contributions et ne pas vouloir nous connaître un peu mieux ?

Pourquoi ne pas prendre le temps de lire ?

Comment ? Que dis-tu ? Le temps ?

C’est quoi ça ? Ça existe encore ?

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Éloge de la politique : épisode 2

Posted by Lionel Sugier sur 5 juin 2010

Unis dans le passé, désunis à présent, démunis d’avenir

On entend souvent, à droite à gauche, que dans les petites communes, lorsqu’on présente une liste aux élections, la couleur politique importe peu. Tout le monde est censé se retrouver derrière les préoccupations principales des administrés : le mieux vivre, les chemins, les fossés, les équipements collectifs…

Je veux bien l’entendre, mais cette apologie de l’union sacrée qui consiste à dire, croire (ou faire croire…) qu’il n’existe au plan local aucune vraie différence entre la droite et la gauche ne tient pas la route.

Nous en avons eu une illustration flagrante en 2008 à Saint Christol. Le maire sortant, socialiste adoubé par le Président de Région et le Président du Conseil Général, ne reculant devant aucune ouverture, s’allia avec des membres éminents de l’UMP au nom de l’intérêt général faisant fi des différences idéologiques. Et obtint ainsi le soutien du chef de l’UMP local, maire de la ville voisine, Président de la Communauté d’Agglomération.  Le bon sens populaire n’ayant pas de couleur politique.

Résultat : sa liste mariant la carpe pragmatique et le lapin réaliste ne fut pas élue. On peut toujours gloser sur les conséquences particulières, les 4 listes initiales se maintenant au second tour, et se déclinant, selon lui et ses partisans, ainsi :

– sa liste, la seule, la vraie, Unis pour l’Avenir,

– une liste menée par une dissidente jugée félone,

– une liste qualifiée de crypto-communiste,

– une droite pure jugée traîtresse.

Mais le fait est là. Les Unis furent battus. Ils obtinrent au Conseil Municipal un groupe de 4 élus d’opposition.

Or donc, que se passa-t-il en son sein ? Après la rapide démission du sortant-sorti, siégèrent 4 membres toujours aussi « Unis », 2 socialistes et 2 UMP. Et très vite l’union sacrée se délita. D’abord leurs votes aux séances du conseil  commencèrent à diverger. Puis ils demandèrent à avoir 2 expressions distinctes sur le bulletin municipal. Leurs idées politiques prenaient le pas sur leur union artificielle. Chacun(e) retrouvait son camp, et montrait que le rassemblement oecuménique ne pouvait pas résister longtemps à la réalité.

Je les salue pour cela : ils ont montré (sans doute à leur corps défendant) que, décidément, la gauche et la droite ce n’est pas tout à fait pareil, et que les idées finissent par prôner sur l’opportunisme.

Alors me direz-vous, Saint Christol ce n’est pas comme ailleurs, ici l’entente cordiale est utopique. La commune est trop grande, presque une ville, et les mélanges sont impossibles. Mais voilà : j’ai connu un maire, dans une toute petite commune (40 ou 50 électeurs) qui avait tenté lui aussi l’union sacrée. Au bout d’un mandat, son premier adjoint a réussi à le virer. On s’est très vite aperçu que celui-ci était un sympathisant du FN. Qui s’est servi de qui, et pourquoi ?

Même dans les tout petits villages, faire des concessions à un adversaire politique mène à l’impasse. Oui, il faut afficher ses idées, car des idées dépendent les projets, et c’est sur les projets proposés que l’on est élu. Contrairement à des clichés largement répandus, je ne pense pas que la droite et la gauche puissent gouverner ensemble.

(la suite au prochain épisode…)

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