Le Blog-Notes

Une pensée libre

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(tout est dans le titre)

Ce que je dis ne sert à rien / …et je crois bien que je m’en fous

Posted by Lionel Sugier sur 4 juillet 2011

Pour commencer, je vous propose une devinette : qui est l’auteur du titre ci-dessus, composé de deux octosyllabes formées de mots monosyllabiques, peut-être le début d’un poème moderne ou d’une chanson, un slam, un rap ?

Le gagnant aura droit à toute ma considération, d’autant que je ne pense pas que quiconque puisse trouver la bonne réponse.

Puis j’en viens au fait : qui s’intéresse aujourd’hui, si on ne fait pas trop pipeul, à ce que des milliers de gens écrivent sur un blog ? Combien de petits blogueurs obscurs, comme ici Grégoire et moi, ont-ils de lecteurs ? Internet n’est-il pas juste un miroir aux alouettes de plus, faisant croire que chacun pourrait parler à chacun, alors que les blogs et les sites tenus par les journalistes confirmés, les journaux connus, les célébrités de l’époque reçoivent des centaines, voire des milliers de visiteurs par jour ? Internet n’est-il pas juste un prolongement du « Vu à la télé » ?

Bon alors moi, naïvement, je m’amuse. Mais je me demande. À quoi peut bien servir que je vous parle de Lennon, Bob Dylan, Leonard Cohen ou Neil Young ? Ils ont pignon sur rue, même si certains de ceux qui me lisent n’en ont que vaguement entendu parler. Ils n’ont pas besoin de moi pour vivre (ou, s’agissant de John Lennon, de rester présent après la mort – sourire énigmatique de Yoko).

Idem pour des auteurs mondialement connus comme Joyce, Céline, Proust ou Faulkner. Sauf qu’ils ne sont pas assez saint christolennement connus, du moins pas par tous les gens qui nous lisent. Mais lequel d’entre vous est allé y voir de plus près ?

Que dire des plus confidentiels, Calexico, Daniel Johnston, Mark Linkous (alias Sparklehorse), Mercury Rev, Grandaddy mon groupe fétiche (mes sonneries de téléphone, c’est eux ; la musique pour accompagner mes élèves dans leurs évolutions pour la fête de l’école, c’est eux), Vic Chesnutt, Midlake ? Les seuls (rares) retours que j’ai sur le blog c’est celui des fans, des accros, des spécialistes, qui tapent leur nom sur Google et viennent voir ce que j’écris. Je ne pense pas avoir amené un seul de mes lecteurs réguliers sur ces musiciens.

Il y a un fan club de Diadorim aussi, et ce sont les seuls qui viennent lire ce que j’ai écrit à propos de ce merveilleux bouquin sur lequel ils en savent plus que moi, des universitaires spécialistes de la langue portugaise modifiée Brésil… Idem pour les inconditionnels de Tony Hillerman.

Avec Internet, on n’évolue pas. On se conforte, on se confine dans notre étroite sphère culturelle.

Internet ne sert qu’à créer des réseaux de déjà initiés, des réseaux sur la pêche à la mouche, sur les collections de timbres, sur la fusion nucléaire, sur la révolution permanente, sur les Beatles, sur la généalogie… Un faisceau de clubs, de sectes, fermés les uns aux autres. Internet accentue les clivages, les différences.

Quand on écrit sur un blog on ne sert à rien. Qu’à se faire plaisir à soi-même.

Bon. C’est déjà ça.

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L’alibi du contexte

Posted by Lionel Sugier sur 14 mai 2011

1. Anecdotique.

Sébastien Chabal déclarait récemment dans le JDD :

« Je dis ce que je pense : les arbitres du Top 14 sont nuls. Ils me rendent fous. Il n’y en a que deux ou trois qui sont pros. Et encore, j’aimerais savoir ce qu’ils font vraiment. Les arbitres de touche ont un boulot la semaine, et ils sont tout contents d’être là le week-end. Ils n’aident pas l’arbitre central et quand ils interviennent, c’est catastrophique. »
Sébastien Chabal vient d’être suspendu par la fédération française de rugby pour plusieurs matchs (et ne sera pas sélectionné pour participer au Mondial de cet automne, mais il paraît que cela n’a rien à voir). Sa défense ? « Mes propos ont été sortis de leur contexte. »

2. Plus troublant.

Le site Mediapart a publié les paroles de Laurent Blanc sur une sombre histoire de quotas dans le football français, à savoir (verbatim à consulter sur le site de Mediapart) :

Laurent Blanc : Qu’est-ce qu’il y a actuellement comme grands, costauds, puissants ? Les blacks (…) Je crois qu’il faut recentrer, surtout pour des garçons de 13-14 ans, 12-13 ans, avoir d’autres critères, modifiés avec notre propre culture (…) Les Espagnols, ils m’ont dit: “Nous, on n’a pas de problème. Nous, des blacks, on n’en a pas”.»

Erick Mombaerts : Est-ce qu’on s’attelle au problème et on limite l’entrée du nombre de gamins qui peuvent changer de nationalité?

Laurent Blanc : Moi j’y suis tout à fait favorable.

Aujourd’hui, Laurent Blanc regrette, dit que ses propos ont dépassé sa pensée, et ont été « sortis de leur contexte ».

3. Beaucoup plus grave.

Je vous livre ci-dessous des extraits d’un livre de Roger Garaudy, « Les mythes fondateurs de la politique israélienne » publié en 1996, où l’auteur, ancien communiste converti à l’Islam puis au révisionnisme, écrivait entre autres ignominies (je vous épargne les plus écoeurantes, horriblement « techniques » pour nier la Shoah) :

« Pour nous en tenir à notre thème : « les mythes fondateurs de l’État d’Israël », nous nous attacherons à examiner l’une des contrevérités qui exercent encore, après plus d’un demi-siècle, le plus de ravages dans le monde actuel et pas seulement au Proche-Orient : le mythe des Juifs exterminés. » (Chapitre II. « les Mythes du XXe siècle », 2. Le mythe de la justice de Nuremberg.).

« La seule « solution finale » consistait donc à vider l’Europe de ses juifs en les éloignant toujours plus jusqu’à ce que la guerre (à supposer qu’on la gagne), permette de les mettre tous dans un ghetto extérieur à l’Europe (comme le projet de Madagascar en avait été la première suggestion). » (Ibid.)

« L’arme du crime, c’était pourtant, selon les accusateurs, les « chambres à gaz ». Et voici que les juges n’en trouvaient pas de « trace” ! » (Ibid.)

« Ce « Shoah-business » n’utilise que des « témoignages » évoquant diverses manières de « gazer » les victimes, sans qu’il nous soit jamais montré le fonctionnement d’une seule « chambre à gaz » (dont Leuchter a démontré l’impossibilité physique et chimique), ni un seul de ces innombrables camions qui auraient servi, par l’émanation du Diesel, de « chambres à gaz ambulantes ». Ni les tonnes de cendres des cadavres enfouis après leur crémation. »

« L’Album d’Auschwitz, recueil de 189 photographies prises dans le camp même de Birkenau à la même époque, publié avec une introduction de Serge Klarsfeld et un commentaire de J.-C. Pressac, donne à voir 189 scènes de la vie concentrationnaire lors de l’arrivée d’un convoi de déportés venu de Hongrie. Là encore, rien, rigoureusement rien, qui confirmerait une extermination massive et systématique. »

« Les rescapés, appelés comme témoins, et qui ont authentifié l’existence de « chambres à gaz », l’ont fait non d’après ce qu’ils avaient vu, mais d’après ce qu’ils avaient « entendu dire ». » (Ibid.)

« L’apothéose de cette littérature romanesque est le best-seller mondial du Journal d’Anne Frank. Le roman, merveilleusement émouvant, se substitue au réel, et une fois de plus le mythe se déguise en histoire. »

Sympathique, non ? Il est toutefois honnête de ma part de signaler que je ne vous livre pas l’analyse complète de Garaudy, donc que je sors ces quelques phrases de leur contexte. C’est sans doute ce qu’a dû penser ce brave abbé Pierre qui, venant au secours de son ami Garaudy attaqué pour ce livre, lui écrivait une lettre dont je vous propose ici quelques extraits, bien évidemment sortis de leur contexte (et de plus, pour preuve de ma mauvaise foi, c’est moi qui souligne):

« Très cher Roger,

15 avril 1996

Tu sais les limites de mes forces. Elles diminuent chaque jour bien que beaucoup soient persuadés qu’elles sont grandes parce que ma voix est restée sonore et parce que dès que j’ai la conviction qu’un fait ou une question créent injustice et fausseté, je reprends des énergies, mais qui ne sont que bien brèves.

Pardon de tant parler de moi, mais c’est pour expliquer à toi et à tous ceux auxquels tu estimeras utile de faire connaître ma lettre, comment il se fait que j’ai tardé en dépit des contacts téléphoniques, à rendre publiques mes certitudes en ce qui te concerne, en ta personne que je connais depuis 50 ans et en ce qui concerne tes actes, des plus intimes à ceux ayant les plus grandes conséquences publiques. (…)

De ton nouveau livre il m’est impossible de parler avec tous les soins que réclament non seulement son sujet fondamental, mais aussi l’étonnante et  éclatante érudition, scrupuleuse, sur laquelle chaque propos se fonde, comme j’ai pu le constater en le parcourant. (…)

Il faut tout faire, et je m’y emploie, pour que bientôt des historiens vrais, de la même passion du vrai qui est la tienne, s’attachent à en débattre avec toi.

Les insultes contre toi que j’ai pu connaître (jusque dans un quotidien que j’estime le plus pour son habituelle objectivité), qui t’ont accablé de toutes parts sont déshonorantes pour ceux qui, comme à la légère, t’en accablent. (…)

Sur toi et ta vie, peu de mots suffisent. Tu es un de ces hommes qui ne cessera jamais, jusqu’au face à face avec l’Infini Amour, d’être tourmenté d’une dévorante faim d’Absolu.

Je plains ceux qui sont si superficiels, ou pressés de trop d’autres « faits divers », qu’ils n’aient pas su respecter et aimer tes recherches, et la façon dont, (en toute ta vie) tu as voulu cueillir et rassembler tout Absolu, perçu fût-ce très parcellaire, en toutes les spiritualités entre lesquelles si sincèrement se partagent (et parfois égarées se combattent) les humains de toute la terre et de tous les siècles. (…)

Je t’en prie, retiens de ces lignes presque illisibles que nous lirons ensemble au téléphone, la force et la fidélité de mon affectueuse estime et de mon respect pour l’énorme travail de ton nouveau livre. Le confondre avec ce qui fut appelé « révisionnisme » est une imposture et véritable calomnie d’inconscients.

Ton frère

Abbé Pierre »

Voilà. Peut-être après ces précisions verrez-vous l’abbé d’un autre oeil.

Ces quelques exemples montrent qu’aujourd’hui comme hier, on peut dire tout et n’importe quoi, y compris les pires horreurs. Il suffit pour sa défense de dire que les mots prononcés, les phrases écrites, ont été sortis de leur contexte, et le tour est joué.



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Marie

Posted by Lionel Sugier sur 16 avril 2011

Il y aurait un roman à écrire sur ce qui est arrivé un jour à Vilnius à Marie Trintignant, et qui, compte tenu des protagonistes, risque de ne jamais se terminer. La mort infinie.

Jean-Louis Trintignant est, à mon humble avis, avec Michel Piccoli, le plus grand acteur de sa génération.

Bertrand Cantat est selon moi un des plus grands auteurs compositeurs, avec son groupe Noir Désir, de la chanson française engagée, tendance rock, de ces dernières années. Souvent imité, jamais égalé, Noir Désir est un groupe phare.

Derrière (ou devant, ou avec) ces deux artistes, il y a des hommes. Bertrand Cantat, un jour de 2003, a tué la fille de Jean-Louis Trintignant, Marie. C’était en Lituanie, à Vilnius, où elle tournait un film. Ils s’étaient rencontrés un an auparavant et leur relation était de l’ordre ou du désordre de l’amour passion. Cantat était jaloux de Samuel Benchetrit, l’ex de Marie qui lui téléphonait souvent, Marie était jalouse de l’ex-épouse de Bertrand, Krisztina Rády, mère de ses deux enfants, qui lui téléphonait souvent… Ils se sont violemment disputés un soir bien arrosé. Ils en sont venus aux coups. Elle est morte.

Il a été condamné à huit ans de prison, l’avocat général en demandant neuf. Il a été extradé en France, puis libéré. Il est resté en réalité quatre ans derrière les barreaux.

Au mois de juillet 2011, Bertrand Cantat et Jean-Louis Trintignant auraient pu se rencontrer dans les rues d’Avignon, chacun d’entre eux devant participer au festival. Après le retrait de Trintignant qui n’a pas voulu risquer de rencontrer le meurtrier de sa fille, l’homme qu’il hait le plus au monde, déclare-t-il, Cantat décide à son tour de ne pas venir au festival d’Avignon, pour respecter la douleur de Trintignant.

Cantat a purgé sa peine. Certains diront qu’elle fut bien légère. D’autres l’ont soutenu pendant cette épreuve. Marie, elle, pendant ce temps, n’avait pas d’épreuve à endurer, elle n’en aura jamais plus. Ses parents, Jean-Louis et Nadine, en revanche…

J’ai eu du mal à supporter le discours des artistes qui ont soutenu Bertrand Cantat, qui l’ont même presque compris, qui lui ont même pardonné son geste. Si pardon il y a un jour, il ne pourra venir que de Jean-Louis et de Nadine Trintignant. Si eux pardonnent, alors et seulement alors, nous pourrons pardonner.

On a entendu ici et là que Cantat et Marie étaient sous l’emprise de l’alcool ce soir maudit de 2003. Que Marie aurait frappé la première. Que les responsabilités dans la bagarre étaient partagées.

Oui. C’est toujours pareil. Mais bon, lorsqu’un homme et une femme se battent à mort, devinez qui meurt à la fin ?

Pourquoi c’est toujours la femme ?

Depuis la mort de Marie Trintignant, je n’écoute plus Noir Désir.

Depuis la mort de Marie Trintignant, Serge Teyssot-Gay, le guitariste de Noir Désir, s’est éloigné des autres membres du groupe.

Depuis la mort de Marie Trintignant, Denis Barthe, le batteur de Noir Désir et porte-parole du groupe, a décidé quelque temps après la libération de Cantat, qu’il avait toujours moralement soutenu pendant son incarcération, de dissoudre le groupe.

Depuis la mort de Marie Trintignant, Krisztina Rády, l’ex-femme de Bertrand Cantat, qui l’avait soutenu, comme Denis Barthe, s’est suicidée.

C’est qui, Bertrand Cantat ? Vous avez vu tout ce qui se passe autour de lui ?

Le mieux pour lui c’est qu’il se fasse oublier, qu’il fasse une formation d’ouvrier ajusteur, d’artisan plombier ou de courtier en bourse, mais qu’il nous lâche.

Et c’est un fan de la première heure de Noir Désir qui écrit ça, qui les a vus en tremplin au Printemps de Bourges quand ils étaient des inconnus…

Un jour, un copain m’a dit à propos de cette histoire, Tu sais Cantat il faut le comprendre, moi aussi ma première femme m’a poussé à bout, j’aurais pu faire comme lui, j’ai failli la tuer.

Ben ouais. Tu aurais pu. Tu as failli. La différence avec Cantat, c’est que tu ne l’as pas fait. Lui, oui.

Rappelons que Marie Trintignant avait une petite soeur, Pauline, morte à neuf mois quand Marie avait sept ans. Leur mère Nadine avait réalisé un film « Ça n’arrive qu’aux autres » pour surmonter cette épreuve. Perdre un enfant, oui, ça arrive, et pas qu’aux autres. Mais deux ???  Et dont l’un est tué ? En dehors des temps de guerre, cela n’arrive pas, ou peu.

Je comprends la douleur des Trintignant, je ne comprends pas la volonté de Cantat de vouloir revenir à la lumière.

Bien sûr, il portera cette faute, cet acte irréversible toute sa vie, et il en souffrira. Mais pourquoi raviver la souffrance des autres, de ceux qui ont perdu sous ses coups la chair de leur chair ?

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Perplexité

Posted by Lionel Sugier sur 26 février 2011

Je voulais vous parler d’un livre qui m’a laissé perplexe. J’avais commencé une note de lecture, puis j’ai opéré une digression vers la perplexité. Cette parenthèse a pris de l’ampleur et m’a paru se suffire à elle-même. Je laisse donc la note de lecture pour plus tard, et vous livre ici mes ratiocinations sur l’état de perplexité.

C’est un état que je vivais rarement il y a peu, mais force est de constater que je m’y retrouve plongé de plus en plus souvent. J’ai souvent du mal à comprendre mes contemporains. Dans tous les domaines : privé, professionnel, local, régional, national, international.

Florilège (en vrac et hélas non exhaustif).

Je suis en état de perplexité quand on me dit qu’il y a trop de culture à Saint Christol.

Je suis en état de perplexité quand des gens qui ont commercé (dans tous les sens du terme) pendant des années avec des tyrans appellent aujourd’hui à de sévères sanctions contre eux.

Je suis en état de perplexité quand j’apprends qu’une maman d’élève (qui s’occupe très bien de son enfant) jette à la poubelle, parce qu’il est fini, le premier cahier de son fils qui travaille bien et fait des progrès, un beau cahier, oubliant que celui-ci aurait pu constituer plus tard un souvenir sympa pour le gamin.

Je suis en état de perplexité quand je vois les bisbilles à gauche au niveau régional, au niveau départemental, après l’ affaire Mandroux / Frêche / Revol. Qui veut quoi, qui voudrait éliminer qui, et pourquoi ? Laissera-t-on la droite gagner notre canton ?

Je suis en état de perplexité quand on me dit que la hiérarchie de l’Éducation nationale revient sur des décisions prises par son institution et préfère suivre l’avis d’une boîte semi-privée concernant un enfant en détresse. Vous n’en avez pas entendu parler, mais croyez-moi, c’est du vécu. Et cela augure mal de l’avenir de l’école publique.

Je suis en état de perplexité quand je me fais engueuler par des musiciens parce que j’annule un concert après que l’association qui les représente ne souhaite plus signer avec moi un contrat à cause de multiples problèmes avec ces mêmes musiciens. De l’art de foutre l’art en l’air

Je suis en état de perplexité quand j’apprends qu’un correspondant de presse se voit reprocher d’être trop proche de la municipalité (qu’il n’a pourtant pas toujours ménagée). Je suis en état de perplexité quand le sermonneur dit regretter le temps de l’ancien maire, alors qu’ on sait que celui-ci rédigeait lui-même pour la presse les comptes rendus du conseil municipal !

Je suis en état de perplexité quand je vois des jeunes filles, soutenues voire encouragées par leur mère, se présenter à des concours qui avilissent la femme et se résument à un étalage de cuisse fraîche offerte aux yeux de vieux pervers.

Je suis perplexe quand j’entends un élu d’opposition du conseil municipal de Saint Christol continuer à proposer des choses qu’il sait impossibles, et qui, même si elles étaient possibles, endetteraient la commune pour plusieurs années…

Perplexe. Pas révolté, pas remonté : perplexe. Sans voix. Tellement je sens que l’évidence s’échappe, se dilue, disparaît. Comme les pieds de ces gens provoquant ma perplexité, des pieds qui quittent la terre, qui se fondent dans le brouillard, un brouillard qui monte peu à peu vers leurs membres inférieurs, puis leur tronc, leurs épaules, leur tête, qui finit par s’effacer elle aussi, qui n’existe plus, qui n’a jamais existé…

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Ceci n’est pas une note de lecture

Posted by Lionel Sugier sur 14 décembre 2010

Photo : Robert Doisneau

En 1999, nous dit Midi Libre, un type qui s’appelle Michel Lévy a publié un livre intitulé « La carte et le territoire ». Ce bonhomme fait un caca nerveux parce que Michel Houellebecq, récent prix Goncourt, lui aurait piqué son titre. Celui-ci aurait déniché le bouquin chez la propre soeur de Lévy, Michelle, créatrice -le croirez-vous ?- de l’association des amis de Michel Houellebecq. Le titre lui aurait plu, et il se le serait approprié. Lévy hurle au plagiat, parle de création, de propriété intellectuelle…

Affaire très intéressante, très compliquée, avec plein de Michel(le), où on peut aisément se perdre. Moi ça me plonge dans des abîmes insondables. Deux personnes exerçant dans le domaine de la création peuvent-elles avoir la même idée en même temps, une suite de mots agencés d’une certaine façon appartient-elle au premier qui les a, sinon prononcés, du moins déposés, et échappe-t-elle au reste de l’humanité, etc.

Il existe de très nombreux cas de chansons différentes qui portent le même titre. Par exemple, le « Bruxelles » de Brel et celui de Dick Annegarn. En les écoutant, la méprise est impossible, puisque le contenu, paroles et musique, est totalement distinct. On trouve l’équivalent pour certains livres, j’ai eu vent de plusieurs auteurs ayant écrit des polars différents portant le titre « Le tueur ». Bon, c’est plus passe-partout que « La carte et le territoire », certes.

Je me dis aussi que la plupart des auteurs ne se décident sur le titre définitif d’une de leurs oeuvres qu’après l’avoir terminée. Et que cette recherche leur prend parfois, proportionnellement, plus de temps que pour écrire leur livre.

Houellebecq a-t-il délibérément pompé le titre du bouquin de Lévy ? Ou l’a-t-il fait inconsciemment, sans même se rendre compte que son cerveau avait furtivement capté ces mots et leur agencement chez Michelle Lévy, en parcourant rapidement sa bibliothèque ?

Midi Libre nous apprend aussi qu’un auteur polonais, Alfred Korzybski, a écrit, vraisemblablement en 1947, traduit en Français en 1998, un livre intitulé « Une carte n’est pas le territoire », rappelant ainsi la différence entre la réalité et sa représentation, ainsi que l’a fait Magritte peignant une pipe en 1927 et intitulant son tableau « Ceci n’est pas une pipe ».

Mais Korzybski, ce n’est pas tout-à-fait pareil. Les mots ne sont pas agencés exactement de la même façon, comme dans les titres des livres de Lévy et de Houellebecq.

Midi Libre ne parle pas non plus du contenu du bouquin de Lévy. Est-ce un roman, est-ce une étude géographique, un essai, une thèse ? A-t-il une valeur littéraire reconnue ? Il ne semble pas, on en aurait parlé. Est-il important qu’une oeuvre majeure de la littérature (j’y reviens) ait emprunté son titre à un pensum obscur, connu d’à peu près personne ? Et a contrario, le fait qu’un livre soit sans intérêt et très confidentiel justifie-t-il qu’on lui pique son titre parce qu’on le trouve très bon ?

Je n’ai pas lu le dernier Houellebecq. Ni les précédents. Je ne les ai pas lus parce que la personnalité de l’auteur me déplaît profondément. Mais des personnes férues de bonne littérature me disent que « La carte et le territoire » est un livre essentiel.

Doit-on s’interdire de lire des livres parce que l’auteur nous déplaît ?

Doit-on s’interdire de lire Céline parce que le bonhomme a versé dans l’antisémitisme le plus abject, à une époque où les Juifs étaient exterminés dans des camps ? Céline a révolutionné la littérature française. Sans lui, pas de Boudard, pas de Cavanna, pas de Frédéric Dard, pas de Jacques Lanzmann, pas de Manchette, de Jonquet, pas d’Izzo, de Fred Vargas, et dans d’autres domaines pas de Michel Audiard, pas de Boris Bergman (donc pas de Bashung), pas de Bertrand Blier… Liste non exhaustive.

Et pourtant, comment réagirait la critique littéraire aujourd’hui si, mettons, on apprenait que Céline avait emprunté  le titre « Voyage au bout de la nuit » à un écrivaillon à compte d’auteur passionné d’astronomie ? Bon, ce serait prétexte à dire que Céline est encore plus pourri que ce qu’on croyait, mais ça ne changerait rien à son impact et à son importance sur la littérature du XXe siècle.

Où je veux en venir ? Nulle part. C’était juste une réflexion sur la propriété intellectuelle, qui n’est que juridique et ne change rien à l’art. Si aujourd’hui Julio Iglesias sortait une chanson appelée « Bolero », est-ce que l’oeuvre de Ravel en souffrirait ?

Ceci dit, faudrait que je le lise, ce prix Goncourt. Si ça se trouve, c’est nul et je m’excite pour rien.

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Un temps d’avance

Posted by Grégoire Abitan sur 31 octobre 2010

Ne dit-on pas que gouverner c’est prévoir ?

Lionel se plaint du caractère étriqué (à ses yeux) des blogs animés (enfin, quand on dit animés…) par nos collègues de l’opposition municipale.

Pourtant, il y a de bons moments.

Récemment, sur l’un d’eux, on pouvait prendre connaissance par avance du compte rendu du prochain Conseil Municipal. Saluons cette initiative : ça nous change des éternelles attaques fustigeant soit nos indemnités d’élus que nous aurions augmentées cette année selon eux (vous savez tous par les réponses de Lionel que c’est faux) soit la pédagogie lénifiante de votre serviteur lorsqu’il présente un budget ou une décision modificative concernant le budget (il suffit de voir à quel point ils maîtrisent ces questions désormais pour comprendre que je n’aurais jamais fait carrière dans l’enseignement…tandis que Lionel, lui…) et je ne veux même pas évoquer, tellement c’est niais, les allusions fines sur de supposées appartenances politiques.

Donc, pour rester dans cette veine anticipative, ne dois-je pas répondre par avance également aux interventions forcément risibles des uns et des autres lors de cette prochaine séance ? Cela risque d’entraîner une vigoureuse (mais salutaire) réaction anticipative aux propos outranciers que je pourrais tenir en m’en prenant ainsi à mes collègues avant même qu’ils aient pu dire quoi que ce soit (et on sait bien ce qu’ils diront, comme d’habitude).

Vous suivez toujours ? Si c’est vrai, bravo !

Il n’y a qu’un seul moyen d’éviter cette escalade futuriste : je vous propose de nous menacer dans vos blogs de ne pas intervenir au prochain Conseil afin de me couper le sifflet avant même que je ne le porte à mes lèvres. Et toc !

Et même, tiens, n’y venez même pas car de toute façon, tout est dit !

(en comptant les présents et ceux qui avaient prévenu qu’ils ne pourraient y assister, j’ai l’impression que c’est bien pour garder ce temps d’avance que certains ne sont pas venus à la Commission des Finances préparant le prochain Conseil. Et pourtant je n’avais même pas encore imaginé ce billet quelque peu délirant… trop fort, Agir Ensemble !)

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Contrepoint (3)

Posted by Grégoire Abitan sur 22 octobre 2010

Désolé de perturber le dialogue nostalgique de nos babas de service sur ce blog, mais quand même : ayons une pensée pour Joan Sutherland, qui vient de disparaître.

Ne me dites pas que vous ne l’avez jamais entendue ou pire, jamais entendu parler d’elle ! Si Maria Callas était surnommée La Divina, Joan Sutherland était La Stupenda (la prodigieuse)…

Je vous renvoie à la discographie de cette immense cantatrice en vous recommandant particulièrement ses enregistrements de La Norma de Bellini,de Lucia di Lammermoor de Donizetti ou son interprétation de Donna Anna dans Don Giovanni de Mozart.

En relisant ces lignes, je constate qu’elles peuvent faire penser à ces émissions de France Musique ou France Culture, réservées à un public conquis par principe et où seuls les initiés perçoivent les différences entre telle ou telle version d’une oeuvre musicale.

C’est bien dommage et c’est pour cela que je veux plaider en faveur du spectacle « vivant » : un opéra c’est d’abord une scène, des acteurs en chair et en os, des bruits, des costumes, les échanges avec les musiciens dans la fosse et avec le public dans la salle.

Ce n’est qu’ensuite, pour s’en remémorer les meilleurs moments, que le disque joue son rôle.

J’ai la chance (c’est même miraculeux à mes yeux) d’avoir eu lorsque j’étais lycéen, des amis travaillant au Festival d’Aix en Provence. Et donc la chance d’avoir pu assister à des répétitions, des générales, des « couturières »( celles où l’on essaye les costumes) et des représentations finales.Et plus encore, la chance d’avoir vu Barbara Hendricks, Jessie Norman et d’autres encore, répéter, reprendre un passage plusieurs fois, parler aux autres chanteurs, questionner le chef d’orchestre pour finalement quelques heures plus tard jouer leurs rôles.

(  ) un instant de silence ému pour remercier encore celles et ceux qui m’ont fait vivre cela.

Aujourd’hui, la plupart des représentations d’opéra permettent la lecture de « surtitres » projetés sur un écran en haut de la scène afin de suivre l’action et de comprendre les paroles, il ne reste plus qu’à se laisser emporter…

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Intimes convictions

Posted by Grégoire Abitan sur 15 juin 2010

Décidément c’est une manie ! Dès le titre, je tente de semer le trouble en vous.

Alors que viennent de passer quelques jours sans nouveaux billets (Fini ? Le sac à humeurs s’était vidé ?), je réalise que cet exercice nous entraîne bien plus loin que la nécessaire expression de nos humeurs. On a commencé par évoquer nos lectures, nos musiques et voilà qu’ensuite on a enchaîné avec des souvenirs d’enfance.

Ce blog tournera-t-il en journal intime ? Faut-il en changer la présentation et mettre de la décoration avec des fleurs sur les côtés, de l’encre bleue, un petit cadenas pour l’ouvrir et commencer chaque billet par « Cher journal… » ? Mais qui pourrait être intéressé alors par ces remontées de nos passés respectifs ?

Pourtant, malgré ce travers qui pointe, nous restons totalement dans la traduction de nos convictions. Et ces convictions sont entières sur tous les sujets.

C’est vrai, il y a peu de commentaires sur nos articles (au passage, un cordial bonjour à Arnaud), et je pensais que, comme nos proches nous le répètent, c’était en raison du côté parfois « intello » (un ami qualifie même cela affectueusement d’un : « Mais, vous êtes de grands malades ! »– au passage cette fois, un cordial bonjour à Chris !-). À la réflexion, c’est peut-être en raison de cette intimité dévoilée qui place chacun devant ses propres pensées personnelles, que peu d’entre vous se lancent dans les commentaires.

Pourtant, on n’est fait de rien d’autre que de mots et il est vite grisant de laisser ses doigts courir sur le clavier. Allez-y, essayez, vous sentirez aussi cette impression libératrice qu’il y a à livrer quelque chose de soi. Surtout que personne n’est forcé de venir ici lire quoi que soit.

Et s’impliquer c’est aussi ce qu’on attend de nous en tant qu’élus non ? Vous voyez, on ne sort pas vraiment du sujet…

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Relativité du temps

Posted by Lionel Sugier sur 11 juin 2010

Internet.

Quelle contrainte.

Quand on est administrateur d’un blog, on est fortement incité par le site d’accueil à aller voir les statistiques. On apprend alors combien on a eu de visiteurs par jour, on voit un graphique et on devient vite accro. En général, quand on publie un nouvel article tôt le matin, le nombre de visiteurs croît dans la journée, le lendemain il peut encore augmenter ou déjà commencer à décliner, et dès le surlendemain c’est la dégringolade jusqu’au prochain billet, et ça recommence. Le mythe de Sisyphe est devenu réalité.

On a envie d’être lu, parce qu’on pense avoir des choses intéressantes à partager, alors on pond. Mais on pond au rythme des stats, pas à notre propre rythme. Les stats nous bouffent, nous forcent à pondre. On devient des stakhanovistes du blog. Des esclaves pour de bon, pas comme le vrai Stakhanov dont on sait aujourd’hui qu’il a triché, soutenu par l’état soviétique de l’époque.

Et on balance des choses tous les trois à cinq jours, comme si on n’avait que ça à faire, parce que le temps, aujourd’hui, n’a plus la même valeur qu’hier.

On est là, imbéciles, à se dire mais pourquoi hier on a eu toutes ces visites et aujourd’hui on en a à peine la moitié ?

Et encore, Grégoire, moi, on est deux, on peut se relayer… Mais le pauvre blogueur lambda, comme nous, qui en plus blogue tout seul ?

Je le plains.

Ce que je ne comprends pas, c’est le manque de curiosité des lecteurs. (Je vais pas me faire des amis, les stats vont baisser !)

En général, ils lisent la page d’accueil, le dernier billet, puis un peu avant, et après ils zappent. Parce que ça aussi, c’est écrit dans les stats, ou enfin juste à côté. Tu sais combien de gens sont allés lire quoi. La vraie angoisse.

Surtout que vous avez tendance à lire davantage les articles de Grégoire que les miens. Je suis très jaloux, obligé de reconnaître qu’il a plus de talent que moi… Vous voyez, lecteurs impitoyables, ce que vous me faites écrire !

Chers, très chers lecteurs, pourquoi n’allez-vous pas chercher un peu dans la préhistoire (il y a quatre mois) de ce blog, vous y trouverez des articles sur la littérature, la musique, le cinéma, des billets d’humour, des petits trucs sans prétention, « modestes et géniaux » comme dit Daniel Mermet, des articles de Grégoire et de moi, quand nous étions encore égaux… Pourquoi s’arrêter à nos dernières contributions et ne pas vouloir nous connaître un peu mieux ?

Pourquoi ne pas prendre le temps de lire ?

Comment ? Que dis-tu ? Le temps ?

C’est quoi ça ? Ça existe encore ?

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Vite et bien

Posted by Lionel Sugier sur 18 mai 2010

Un slogan (sans doute de mai 68) entendu le dimanche 9 mai 2010 sur France Inter, cité par Geneviève Brisac (photo ci-dessus), dans Eclectik, l’excellente émission de Rebecca  Manzoni :

 » La culture, ça coûte cher et ça ne rapporte rien. Essayez l’ignorance. »

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