Le Blog-Notes

Une pensée libre

Archive for mars 2011

Le poids des mots

Posted by Grégoire Abitan sur 28 mars 2011

Se présenter à une élection c’est endosser par avance une responsabilité vis à vis de ceux qui vous adressent leurs votes. C’est simple à comprendre, on fait campagne, on promet, on s’engage et donc lorsque après un premier tour on se retrouve éliminé, il est normal que tous ceux qui ont voté pour vous attendent de votre part un signe, un avis, un message.

À Saint Christol lez Alès, les candidats de Gauche battus au premier tour de cette élection cantonale ont appelé à faire obstacle au Front National pour le second tour. Le candidat de Droite ne l’a pas fait, celui du MoDem non plus (les observateurs locaux auront noté que parmi les soutiens de ce dernier, certains ont pris rapidement une position inverse de manière claire et nette).

Les résultats ont été dans la logique de ces positionnements : le Conseiller Général sortant est réélu, il n’était pas directement menacé au vu de son avance au premier tour et il a bénéficié du report des voix de l’ensemble de la gauche ainsi que d’une plus forte mobilisation et on peut s’en réjouir.

Le Front National a fortement progressé en nombre de voix  (+ 333 voix ! ). Cela va largement au delà d’un retour aux urnes des abstentionnistes (lesquels ont peu diminué) et largement au delà du « vote sanction » comme les médias se plaisent à le répéter.

Ce sont donc, pour la plupart, les électeurs des candidats de la Droite et du Centre qui sans hésitation et sans se poser  de questions ont voté pour le candidat du FN (et quand je dis le candidat, il s’agissait d’un parfait inconnu pour ce canton mais on a vu qu’il leur a suffi du sigle de leur parti et du nom de leur chef pour se qualifier).

J’ai l’impression d’avoir assisté à la première aspiration de l’électorat de la droite classique par le FN. Le siphon est désormais amorcé et cela va continuer crescendo. Les électeurs ne sont pas stupides et préfèreront de loin l’original à la copie. Il ne manquera plus que de légères modifications cosmétiques (tiens, comme changer le nom du parti car Front National, c’est un peu trop marqué et c’est du passé…) pour rafler la mise et s’imposer en champion de la droite à Saint Christol lez Alès comme ailleurs.

Oui les mots ont un sens et quand on ne dit rien…

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Cantonales 2

Posted by Lionel Sugier sur 23 mars 2011

Les électeurs d’Alès Ouest sont appelés à voter pour le deuxième tour des élections cantonales, le 27 mars 2011, c’est-à-dire dimanche.

Après les résultats du premier tour marqué par une forte abstention, il reste deux candidats en lice : Jean-Michel Suau (et sa suppléante Catherine Filleron), Front de Gauche, et Léon Remia (et sa suppléante Sonia Burger), Front National.

N’entamons pas ici une énième analyse du pourquoi et du comment de ce résultat, une énième dissection des chiffres à la virgule près, vous en avez déjà passablement lues et/ou entendues.

Je vous livre simplement quelques remarques.

Le résultat du Front National (environ 15% dans le pays) est paradoxalement une victoire du sarkozysme, même si c’est une défaite pour Sarkozy : le Président surfant de plus en plus sur le racisme, l’immigration, l’exclusion et la haine de l’autre, voit ses idées partagées par des Français passablement nombreux. Mais ceux-ci trouvant qu’il ne va pas assez loin, qu’il ne joint pas les actes aux paroles, cherchent une issue encore plus droitière et la trouvent chez les Le Pen. L’un de leurs arguments (car il serait stupide de réduire l’électorat FN à des déçus protestataires qui marquent par leur vote un passager mouvement de colère) est de dire : « La gauche a échoué, la droite a échoué, les seuls qu’on n’a pas essayés c’est le FN, alors pourquoi ne pas tenter le coup, pour voir… »

Or ils se trompent. Le FN a déjà montré sa « capacité » de gestion, dans les communes. À commencer par Saint Gilles du Gard, puis par Orange, Vitrolles, Marignane et j’en oublie. Ils ont totalement échoué. Tous ces maires FN ont été virés aux élections suivantes.

À parler uniquement d’immigration et de sécurité, on oublie que le programme du FN est ultra libéral, ne remet pas en cause la récente réforme des retraites et même l’aggrave, renvoie les femmes à la maison, liquide les services publics et la sécurité sociale, ne s’oppose pas aux délocalisations, ne soutient jamais les travailleurs en lutte pour conserver leur emploi.

Le FN s’adresse soi-disant aux oubliés, aux pauvres, aux exclus, à condition qu’ils soient bien Français (cela ne veut rien dire, nombre de ses candidats sont eux-mêmes issus de l’immigration), mais en fait poursuivrait s’il était au pouvoir une action de gouvernement des riches, de l’individualisme, et ne ferait qu’accentuer les différences.

Le FN n’est pas seulement raciste et excluant, il est le prolongement et l’aggravation de la politique de Sarkozy.

Revenons à notre canton : en faisant mine d’être coincé entre deux extrêmes, renvoyant dos à dos le FN et le Front de Gauche, le candidat malheureux de la droite classique, Jean-Charles Bénézet, oublie que le PCF est depuis longtemps partie prenante de la majorité départementale, avec les socialistes, et non un féroce guerrier au couteau entre les dents prêt à faire entrer les chars soviétiques (!) à Alès. Il oublie que Jean-Michel Suau est présent, à l’écoute, et fait beaucoup pour le social, les routes, la culture, le sport et les associations de Saint Christol et du canton. Il oublie enfin que la gauche, en 2002, a appelé à utiliser le bulletin de vote Chirac pour éviter tout risque de victoire du FN. Refuser aujourd’hui d’appeler à voter contre le FN augure mal de la présidentielle de 2012. À l’UMP et au Nouveau Centre, y aurait-il déjà des FN qui s’ignorent (ou ne veulent pas se l’avouer) ? À l’instar de François Fillon, de Jean-Louis Borloo ou d’autres, Jean-Charles Bénézet a encore le temps de prendre une autre position.

Henri Francès, du MoDem, en appelant à voter blanc, commet une erreur politique de taille. Sur le plan humain, Henri est ouvert, avenant, cultivé, mais sur le plan politique il se trompe. S’il veut se présenter aux prochaines municipales, on se souviendra de lui comme de l’homme qui n’a pas appelé à voter contre le Front National. Si pour une partie de la droite cette position relève de la tactique, on ne peut pas croire que ce soit le cas pour Henri Francès.

Autre chose : avez-vous vu M. Léon Remia faire une campagne, distribuer des tracts, coller une affiche, débattre dans une réunion publique, présenter ses projets pour le canton, venir parler aux gens dans leurs quartiers, leurs communes ? Connaissiez-vous M. Léon Remia avant que l’on voie sa tête sur les panneaux d’affichage officiels ?

Non ?

Alors pourquoi voudriez-vous qu’on le revoie après l’élection ?

Il faut en finir avec le FN, ses « valeurs » et ses mensonges. Il faut que Jean-Michel Suau et Catherine Filleron obtiennent un très fort score le dimanche 27 mars.

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« Suppléments de mensonge » : Thiéfaine, le retour

Posted by Lionel Sugier sur 21 mars 2011

La première fois que j’ai entendu à la radio « La ruelle des morts », j’ai eu un doute. J’ai cru qu’on avait exhumé un titre inédit de Thiéfaine datant de l’époque de « La tentation du bonheur » (1996), voire de plus loin, « Eros über alles » (1988), peut-être même de ses débuts, autour de l’année 1980, quand il chantait « Je t’autorise à me jeter » ou « Je t’en remets au vent ». Un air de nostalgie, un Thiéfaine qui revient avec tendresse sur son passé. Et puis tout en écoutant, je me disais non, les arrangements sont trop actuels, ça doit être une nouveauté. Et quel bonheur ! Hubert-Félix Thiéfaine, le fêlé du Jura, a effectivement sorti un nouvel album, très bon, « Suppléments de mensonge ».

Depuis quelques années, je le trouvais en mal d’inspiration. Étant moyennement fan de Paul Personne, je n’ai pas écouté le disque précédent que Thiéfaine a fait avec lui en 2007. J’en étais donc resté à « Scandale mélancolique », un album de 2005, une vraie déception. Thiéfaine, lassé d’écrire lui-même ses musiques, se tourna alors vers des compositeurs plus jeunes, comme Cali, JP Nataf, Michaël Furnon de Mickey 3D, et d’autres, dont le calamiteux Philippe Paradis, qui, pour certains, plombèrent cet album. Ajoutez à cela une inspiration émoussée du chanteur pour l’écriture, comme un exercice involontaire d’auto-parodie, et vous arrivez à sauver péniblement 2 chansons, allez, 3 en faisant un effort, sur un disque qui en compte 13.

D’autant plus décevant que le précédent, « Défloration 13 », arrangé et réalisé par Franck Pilant avec des sons nouveaux, plus électro, mais ne dominant pas pour cela le fond rock de base, m’était apparu comme une vraie réussite, finissant en majesté par un des plus beaux poèmes de Thiéfaine, « Les fastes de la solitude ».

Les fans de la première heure pensent qu’Hubert-Félix Thiéfaine (HFT) a des problèmes depuis qu’il ne travaille plus avec ses musiciens arrangeurs du passé. Très proche d’un groupe de musique folklorique régionale, Machin, déjà bien marqué par l’humour au second degré (du temps des chanteurs occitans comme Marti ou Verdier et des groupes bretonnants à la Tri Yann, les folkeux décalés de Machin, on le devine déjà à leur nom, faisaient de la parodie genre on-est-fiers-d’être-Franc-Comtois-après-tout-pourquoi-pas-nous), HFT a pondu 3 disques solos entre 1978 et 1980, souvent désopilants (sur la pochette de l’un d’entre eux il se présente avec le nez rouge du clown) mais contenant déjà quelques titres assez noirs, qu’on pourrait même dire cyniques. Il était épaulé à l’époque par un musicien arrangeur, fondateur de Machin, Tony Carbonare, que les veinards ont pu voir à Saint Christol lez Alès dans les années 80 lorsque ce bon Jean-Marie Elzière programma un concert de Thiéfaine à la Maison Pour Tous (oui oui, j’y étais, vous ne rêvez pas…).

Puis en 1981, avec l’arrivée de Claude Mairet à la guitare et aux arrangements, l’album « Dernières balises (avant mutation) » est un tournant dans la discographie d’HFT. La drogue, la nuit, les endroits louches, les filles perdues, tout un univers glauque apparaît et prend le dessus, avec toujours une ironie mordante, une poésie noire. Et des ambiances plus lourdes, plus rock (on a même évoqué vaguement Lou Reed à propos de ce disque) mais des guitares claires et mélodiques qui sont la marque de Claude Mairet. Celui-ci a peu à peu supplanté Tony Carbonare sur les disques suivants, continuant dans cette même veine, mais évidemment l’effet de surprise de « Dernières balises… » était passé.

Thiéfaine a grandi, s’est marié, a eu deux garçons qu’il évoque dans deux titres, « Septembre rose » et « Tita-dong-dong song », et sa collaboration avec Mairet a cessé. Deux disques ont été enregistrés aux États-Unis, assez beaux mais avec des musiciens peu concernés. Il ne s’est pas assagi. Bien que certains titres soient plus apaisés et que la notion de bonheur apparaisse çà ou là, ses multiples fantômes sont toujours présents.

Puis il retrouve Tony Carbonare pour un diptyque, deux albums qui se répondent en miroir inversé, « La tentation du bonheur » en 96 et « Le bonheur de la tentation » en 98. Des arrangements plus somptueux se font jour, des cuivres, des cordes, un orchestre symphonique… L’humour un peu plus potache des débuts réapparaît sur quelques titres.

Viennent ensuite l’aventure réussie « Défloration 13  » et la catastrophe « Scandale mélancolique » qui m’a fait croire un temps que Thiéfaine s’était définitivement perdu.

Et aujourd’hui : youpi. « Suppléments de mensonge ».  HFT fait ici appel également à des compositeurs plus jeunes, mais plus les mêmes (sauf JP Nataf, toujours aussi peu convaincant) : La Casa, Arman Méliès, Ludéal, Dalcan… Le disque s’ouvre, donc, par « La ruelle des morts », chanson qui parle des jeunes années avec une grande sensibilité, et on se dit que Thiéfaine ne peut pas s’empêcher de faire encore de la provoc en appelant la rue de son enfance « ruelle des morts ». Or on apprend en écoutant l’artiste à la radio que c’était le vrai nom de la rue, construite sur un ancien champ de bataille.

Je ne vais pas égrener les titres un par un, ce billet est déjà bien trop long (quand on aime on ne compte pas), mais il n’y a presque rien à jeter dans cet album ; tout au plus peut-on trouver une ou deux chansons un peu moins bonnes, et une très dispensable. Les arrangements sont l’oeuvre d’un duo très connu dans les studios français, les Valentins, à savoir Édith Fambuena et Jean-Louis Piérot, et sont très convaincants la plupart du temps.

Outre la chanson qui ouvre l’album, j’aime particulièrement…

« Petit matin 4.10 heure d’été », avec son intro dylanienne à l’harmonica, où l’on retrouve la lucidité désespérée de « Dernières balises… » quand HFT chantait dans « Exil sur planète fantôme » : « …et je suis le dernier à rater mon suicide… »

… et « Les ombres du soir », très longue litanie (HFT nous en dispense au moins une par disque) où le jeu de l’excellent batteur Philippe Entressangle nous rappelle à la fois le lancinant « Series of Dreams » de Dylan (encore !…) et la chanson la plus ambitieuse du début de carrière de Thiéfaine, « Alligators 427 », en 1979, sur son deuxième album, « Autorisation de délirer ».

On retrouve également dans les notes tenues à la fin des couplets et des refrains du titre final, « Les filles du Sud », un peu de l’ambiance des « Mathématiques souterraines » de « Dernières balises (avant mutation) », que beaucoup de fans considèrent comme le plus beau titre d’HFT.

À noter que sur les quatre morceaux que je préfère dans « Suppléments de mensonge », trois sont signés Thiéfaine pour les paroles et la musique. Il a bien fait de se remettre à la composition.

Alors oui, le grand Thiéfaine est revenu, si vous l’aviez un peu perdu de vue vous pouvez y retourner sans crainte, et si vous ne le connaissez pas, allez le découvrir (il est vrai que le bonhomme est assez peu médiatique et sa carrière se poursuit grâce à des fidèles qui le suivent depuis ses débuts et l’ont fait connaître à d’autres, devenus fidèles à leur tour).

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Cantonales

Posted by Humeurs d'élus sur 17 mars 2011

Il n’y a pas de petites élections. Chaque scrutin a son importance et là, ce sont les cantonales. Vous allez nous dire que ce ne sont que les conseillers généraux, qu’en plus leur mandat sera écourté en raison de la réforme territoriale qui arrive, que cette élection n’est pas politique car tellement liée aux intérêts locaux etc etc…

C’est faux et archifaux ! Nous traversons une période durant laquelle chaque formation politique va compter ses voix, un peu comme on surveille une courbe de poids (enfin pas celle d’un régime amaigrissant…). Chaque voix va donc compter plus que pour cette seule élection.

Faut-il rappeler les rôles du Conseil Général ? Son degré d’implication dans notre quotidien (routes, aide sociale, éducation, petite enfance, personnes âgées, aides aux associations culturelles et sportives..) ? Alors ajoutez-y la « menace » de la montée du Front National. « Menace » ou « pseudo-menace » ? C’est selon car soit cette ascension du FN est artificiellement montée en mayonnaise par un cycle sondages/médias, soit elle est réellement assise sur une base électorale. Nous allons bien voir et cela commence avec les élections cantonales.

Les deux rédacteurs de ce blog sont membres d’une association, Clarté et Démocratie, qui a réussi à Saint Christol lez Alès une union à gauche (que le monde entier nous envie…). Et jusqu’à maintenant, cette « combinaison » hors du commun a bien fonctionné.

Même si chacun de ses membres a le droit d’avoir son candidat favori, l’association en tant que telle ne choisit pas parmi les candidats de gauche. Elle n’a qu’un adversaire : la droite.

Sur notre canton, Alès Ouest, la droite a trois visages.

D’abord l’extrême, celle du Front National, qui place partout des candidats que personne ne connaît et qui sont incapables de mener une campagne et de se présenter pour un débat devant les électeurs.

Ensuite le Nouveau Centre, soutenu politiquement (et financièrement au niveau national) par l’UMP, représenté par Jean-Charles Bénézet, élu municipal à Saint Christol, très vigilant sur le nombre de logements sociaux, des fois qu’il y en aurait trop…

Et puis le MoDem (Mouvement Démocrate) de Bayrou, ni de droite ni de gauche, comme le FN, c’est-à-dire de droite, représenté par Henri Francès, soutenu par l’ex-PCF ex-PS Suzanne Coulet, une dame qui bouge beaucoup, mais toujours vers la droite. Il faut savoir que le MoDem d’Henri Francès a le soutien de Jean-Louis Borloo, membre du Parti radical valoisien, affilié à l’UMP et au Nouveau Centre, dont le candidat sur Alès Ouest est… Jean-Charles Bénézet !

Ces trois candidats, quoi qu’ils disent, quoi qu’ils promettent, sont dans la droite ligne de l’ultra libéralisme de Sarkozy.

Si vous êtes opposés à cette politique, si vous voulez rompre avec la République des riches contre celle des pauvres, vous avez UNE solution : voter à gauche, pour ceux qui promettent une rupture avec le pouvoir actuel.

Sur le canton d’Alès Ouest, trois candidats (avec leurs suppléantes) se réclament de la gauche (cités ci-dessous dans l’ordre du tirage au sort) :

– Pour Europe Écologie : Serge MAGNIER et Sylvie BERRIN

– Pour le Front de Gauche et le PCF : Jean-Michel SUAU,  conseiller général sortant, et Catherine FILLERON,

– Pour le PS : Benjamin MATHÉAUD et Donia BOUKHELIFA

Si vous pensez qu’il est primordial de préserver la démocratie locale, de sauver les services publics, de sanctionner la politique libérale, vous ferez barrage à la droite et  à l’extrême-droite représentées à Saint Christol lez Alès par le MoDem (soutenu par les Radicaux Valoisiens, donc l’UMP), le Nouveau Centre (soutenu par l’UMP) , et le FN.

Surtout ne vous abstenez pas ! Quand on voit qu’aujourd’hui, au péril de leur vie, les peuples de la Méditerranée et d’ailleurs se soulèvent pour réclamer le respect et le droit à de vraies élections, nous avons le devoir de voter pour faire vivre notre démocratie.

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« Diadorim », de João Guimarães Rosa

Posted by Lionel Sugier sur 13 mars 2011

« Diadorim »: téléfilm de la TV brésilienne

Photo de Marcelo Prates, 1985


Encore un pavé. Plus de 500 pages, sans compter la préface de Mario Vargas Llosa (excusez du peu), un avant-propos de l’auteur, deux notes de la traductrice, et un glossaire.

Il est bon d’avoir dépassé 50 ans et de découvrir encore des auteurs majeurs, des livres magistraux, totalement inconnus de soi il y a encore quelques semaines.

Ayant eu une intense période de lecteur de littérature sud-américaine, je pensais en connaître les auteurs principaux. Erreur. À la faveur d’une foire aux livres organisée par l’association Bidi, je fis récemment l’acquisition du roman d’un auteur brésilien, nouveau pour moi : João Guimarães Rosa. Le titre original du roman est « Grande Sertão : Veredas ». Le Sertão est une région immense du Brésil, souvent aride, très peu peuplée, où l’on peut marcher (ou chevaucher, ou rouler) des heures entre un village misérable et une grande propriété (fazenda) parfois de la taille d’un département français. Les veredas sont les oasis de ce désert de plateaux pelés (les chapadas). Le terme vereda peut aussi désigner le ruisseau, le marécage ou la petite rivière qui coule dans ces oasis. Le titre étant pratiquement intraduisible en français, la traductrice de 1991 (excellente, d’après les notes de la BNF), Maryvonne Lapouge-Pettorelli, a repris de la première traduction française de 1965 le titre « Diadorim », mot magique et mystérieux, qui est le nom de l’un des personnages (enfin, plus exactement le nom secret que lui donne le narrateur).

« Diadorim », le roman, est un monologue. Sans chapitres. Juste des paragraphes qui se suivent, et laissent très peu de blancs au lecteur pour respirer. C’est un propriétaire terrien qui raconte sa vie d’ancien jagunço à un interlocuteur jamais nommé, qui est un homme en visite, vraisemblablement un citadin cultivé, peut-être l’auteur, peut-être le lecteur… Mais qu’est-ce qu’un jagunço ? Les jagunços étaient des bandits armés à cheval qui sévissaient en groupes rivaux dans le Sertão, à la fin du XIXe et au début du XXe siècles, théoriquement au service de grands propriétaires, les fazendeiros, mais le rapport entre eux n’est pas si simple que ça dans le roman de Guimarães Rosa. Souvent, le puissant chef d’une bande de jagunços « offre » sa protection en échange d’argent, de biens, de chevaux, d’armes, sans trop laisser le choix au fazendeiro…

« Diadorim », publié au Brésil en 1956, outre sa forme peu commune, est à la fois un grand roman d’aventures, de guerres, de vengeance et d’amitié, mais aussi une réflexion sur le bien et le mal, sur Dieu (auquel tous les jagunços croient) et le Diable  (que tous les jagunços craignent mais dont le narrateur nie l’existence, comme un défi).

C’est aussi un livre au style unique, puissant, poétique et trivial à la fois, qui malmène et triture le langage, mêlant des termes savants, des pensées profondes, des descriptions amoureuses de la nature aux mots crus et violents des jagunços et de leur dure condition.

C’est également un roman d’amour, et sa plus grande particularité pour moi est de mêler l’amour « normé », programmé (un jeune jagunço promet le mariage à la fille d’un fazendeiro, il en est amoureux et il reviendra l’épouser après ses aventures), avec l’amour que l’on peut avoir pour une prostituée rencontrée une seule fois, et surtout l’amour homosexuel, platonique certes dans ce monde de guerriers machos et querelleurs, mais qui est sans doute l’amour le plus fort des trois, le plus sensuel. On ne s’y attend pas dans un roman de cette époque, venant de cette région et avec de tels personnages.

La pirouette finale m’a un peu déçu car Guimarães Rosa ne va pas au bout dans le traitement de l’homosexualité, il s’en tire par un artifice. Certains lecteurs trouveront cette idée géniale, superbe, inattendue (j’avoue avoir été surpris), moi je la regrette un peu. Disons qu’elle m’a laissé…perplexe.

Ceci dit, je partage l’avis des critiques que j’ai lues ici et là sur le net : « Diadorim » est un roman exceptionnel, un des plus grands de la littérature contemporaine, et l’écriture de João Guimarães Rosa est aussi forte et innovante que celle d’un Joyce, d’un Faulkner ou d’un Céline.

Un chef d’oeuvre littéraire du XXe siècle.

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Vous aimez lire ? Claro que si !

Posted by Grégoire Abitan sur 9 mars 2011

Cela fait un petit moment que je fréquente assidûment le blog de Claro. Ecrivain, traducteur et enfin critique (mais aussi éditeur), Claro nous propose (irrégulièrement… rien pendant quelques jours, puis un tir groupé de 3 ou 4 billets à déguster) ses avis, coups de coeur et coups de gueule : Le Clavier cannibale

Jamais tiède, engagé (à la fois par ses opinions et aussi parce que vivant dans le « milieu littéraire »), érudit sans être pédant, il m’a fait découvrir bien des auteurs qui valent le détour.

Je vous propose de faire figurer un lien permanent sur le bandeau de gauche de notre blog, (notre « blogoliste »), histoire de permettre à chacun d’aller y butiner de temps à autre.

Pour ceux qui veulent aller plus loin, on peut trouver des livres de Claro dans nos médiathèques; je vous recommande vivement « CosmoZ »

(En plus il fait également partie de ceux qui, de plus en plus nombreux, sont des lecteurs de Chevillard, maintes fois cité ici…hé,hé)

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Le sens du vent

Posted by Lionel Sugier sur 5 mars 2011

Je souhaiterais vous narrer aujourd’hui l’histoire de M. et Mme de la Girouette.

C’est une nouvelle de politique-fiction, totalement inventée, une sorte de conte de faits (et méfaits) et si vous y trouvez une quelconque ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé, c’est parce que la réalité est parfois proche de la fiction. Et vice versa. De toutes façons, c’est tellement énorme qu’on ne peut pas y croire.

Il était une fois un couple inséparable qui avait décidé dès son plus jeune âge de faire carrière dans la politique. Les tourtereaux commencèrent d’abord au sein d’ une cellule du Parti Communiste, dans une ville moyenne que nous appellerons X. Je vous parle d’un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître (Merci Charles). S’apercevant au bout d’un certain temps que ce n’était pas rentable d’être au PCF si on voulait obtenir une place d’élu, ils suggérèrent à certains de leurs camarades (qui s’en souviennent aujourd’hui et n’ont pas tous fait comme eux) de changer de crèmerie, et de les suivre au PS où les chances de briguer un poste à responsabilité étaient à l’époque plus grandes (ça a bien changé…). Ils restèrent quelques années dans la ville de X, multipliant magouilles et divisions, jusqu’au jour où tous les autres socialistes de la ville réussirent, non sans mal, à s’en débarrasser. Nos héros auraient alors monté un deal avec le maire d’une commune voisine, plus modeste, que nous appellerons Y : Madame serait candidate derrière le maire sortant, celui-ci s’engageant verbalement auprès d’elle, et en secret, à se retirer à mi-mandat pour lui céder la place. Marché conclu. Leur liste fut élue de justesse.

Bon. Le maire en question, à un moment donné, changea d’avis. Hé oui. Cela arrive quelquefois dans ces milieux. M. et Mme de la Girouette prirent alors le prétexte d’un complexe touristique que l’édile voulait faire bâtir près de chez eux pour se découvrir écologistes. Rupture.

Pour l’élection municipale suivante, Madame, logiquement, fit dissidence et brigua l’investiture socialiste. Le maire aussi. Ce dernier reçut l’adoubement du parti. Madame (connaissant bien son sujet) cria à la magouille. Elle et ses suiveurs démissionnèrent du PS.

Le maire d’un côté, Madame de la Girouette de l’autre, se présentèrent séparément aux élections municipales. Le premier (vous n’allez pas y croire, mais rappelons que c’est de la fiction !) osa une alliance plutôt étrange avec l’UMP. La deuxième se définit, durant sa campagne, comme tantôt écolo, tantôt à gauche, tantôt ni droite ni gauche. Ils perdirent tous deux les élections.

Bien fait.

Le conte pourrait s’arrêter là, sur cette morale quelque peu lapidaire, mais, par la bouche de certains griots qui ne manquent pas d’imagination, et comme tout conte à valeur universelle, il se poursuit de nos jours. En voici les plus récents développements.

Dernièrement le couple de la Girouette aurait proposé ses services à un candidat aux cantonales pour Europe-Écologie-les-Verts. Sans succès. On commence à savoir un peu partout qu’ils sont des professionnels du vent qui tourne.

Finalement Madame s’est rapprochée du MoDem, parti ni-droite-ni-gauche qui lui correspond parfois, ça dépend du vent.

Ils essaient tout. M. et Mme de la Girouette sont des gens tenaces. Qui ne lâchent rien de leur ambition politique et cependant, toute honte bue, se permettent de donner des leçons de vertu à tout le monde.

Ils ont écumé presque tous les partis de gauche. Maintenant ils se stabilisent au centre mou, le temps d’une élection. Si ça ne marche pas, il leur restera à tenter le Nouveau Centre ou l’UMP. Mais là aussi, les places sont chères. Pourquoi ne pas plutôt réessayer le PCF, qui manque de combattants ? Ou bien le Parti de Gauche ? Ah non, trop tard : Mélenchon a déjà lu ces lignes, et il ne se laissera pas avoir.

Bon, tout n’est pas perdu : aux dernières nouvelles, le FN aurait le vent en poupe.

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Un parcours exemplaire…

Posted by Grégoire Abitan sur 2 mars 2011

Gérard Longuet (à gauche) en 1964. Il est alors porte-parole du mouvement nationaliste Occident, fondé par Pierre Sidos (debout), l’actuel « présideur » de L’Œuvre française.

Voilà c’est fait. Il est désormais Ministre de la Défense. Mais le connaissez-vous vraiment ?

Un peu de recherches sur le net, un peu de souvenirs des années 70 et on remarque vite que pour entrer dans ce gouvernement c’est le nombre de casseroles qu’on a aux fesses qui prime sur les compétences. Et notre ami du jour, Gérard Longuet, est un excellent candidat.

Depuis ses années de militant d’extrême droite « dure » (comme s’il en existait une « tendre »…) jusqu’à ses démêlés avec la justice, son parcours est retracé dans un article du Monde.fr  : c’est là.

J’ai choisi le Monde.fr mais ce n’est qu’un point de départ. Vous trouverez vite et ailleurs bien des informations sur celui à qui on vient de confier notre Défense Nationale et on sait ce que ces mots veulent dire pour lui. Vous y retrouverez également plusieurs de ses copains (Alain Madelin, Patrick Devedjian, Hervé Novelli, bref que du beau monde)

[La photo qui illustre cet article est extraite de Génération Occident, par Frédric Charpier, éd. du Seuil, 2005.]

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