Le Blog-Notes

Une pensée libre

Archive for février 2011

Perplexité

Posted by Lionel Sugier sur 26 février 2011

Je voulais vous parler d’un livre qui m’a laissé perplexe. J’avais commencé une note de lecture, puis j’ai opéré une digression vers la perplexité. Cette parenthèse a pris de l’ampleur et m’a paru se suffire à elle-même. Je laisse donc la note de lecture pour plus tard, et vous livre ici mes ratiocinations sur l’état de perplexité.

C’est un état que je vivais rarement il y a peu, mais force est de constater que je m’y retrouve plongé de plus en plus souvent. J’ai souvent du mal à comprendre mes contemporains. Dans tous les domaines : privé, professionnel, local, régional, national, international.

Florilège (en vrac et hélas non exhaustif).

Je suis en état de perplexité quand on me dit qu’il y a trop de culture à Saint Christol.

Je suis en état de perplexité quand des gens qui ont commercé (dans tous les sens du terme) pendant des années avec des tyrans appellent aujourd’hui à de sévères sanctions contre eux.

Je suis en état de perplexité quand j’apprends qu’une maman d’élève (qui s’occupe très bien de son enfant) jette à la poubelle, parce qu’il est fini, le premier cahier de son fils qui travaille bien et fait des progrès, un beau cahier, oubliant que celui-ci aurait pu constituer plus tard un souvenir sympa pour le gamin.

Je suis en état de perplexité quand je vois les bisbilles à gauche au niveau régional, au niveau départemental, après l’ affaire Mandroux / Frêche / Revol. Qui veut quoi, qui voudrait éliminer qui, et pourquoi ? Laissera-t-on la droite gagner notre canton ?

Je suis en état de perplexité quand on me dit que la hiérarchie de l’Éducation nationale revient sur des décisions prises par son institution et préfère suivre l’avis d’une boîte semi-privée concernant un enfant en détresse. Vous n’en avez pas entendu parler, mais croyez-moi, c’est du vécu. Et cela augure mal de l’avenir de l’école publique.

Je suis en état de perplexité quand je me fais engueuler par des musiciens parce que j’annule un concert après que l’association qui les représente ne souhaite plus signer avec moi un contrat à cause de multiples problèmes avec ces mêmes musiciens. De l’art de foutre l’art en l’air

Je suis en état de perplexité quand j’apprends qu’un correspondant de presse se voit reprocher d’être trop proche de la municipalité (qu’il n’a pourtant pas toujours ménagée). Je suis en état de perplexité quand le sermonneur dit regretter le temps de l’ancien maire, alors qu’ on sait que celui-ci rédigeait lui-même pour la presse les comptes rendus du conseil municipal !

Je suis en état de perplexité quand je vois des jeunes filles, soutenues voire encouragées par leur mère, se présenter à des concours qui avilissent la femme et se résument à un étalage de cuisse fraîche offerte aux yeux de vieux pervers.

Je suis perplexe quand j’entends un élu d’opposition du conseil municipal de Saint Christol continuer à proposer des choses qu’il sait impossibles, et qui, même si elles étaient possibles, endetteraient la commune pour plusieurs années…

Perplexe. Pas révolté, pas remonté : perplexe. Sans voix. Tellement je sens que l’évidence s’échappe, se dilue, disparaît. Comme les pieds de ces gens provoquant ma perplexité, des pieds qui quittent la terre, qui se fondent dans le brouillard, un brouillard qui monte peu à peu vers leurs membres inférieurs, puis leur tronc, leurs épaules, leur tête, qui finit par s’effacer elle aussi, qui n’existe plus, qui n’a jamais existé…

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Entre les lignes

Posted by Grégoire Abitan sur 19 février 2011

Comment ne pas s’étonner quand on entend à la radio que suite aux récentes manifestations populaires en Libye, au Bahreïn et au Yemen, la France suspendait ses ventes d’armes et de matériel de maintien de l’ordre en direction de ces pays ? Ce n’est peut-être pas la formulation exacte mais c’en est pas loin. On avait eu droit à une déclaration du même ordre au sujet de la Tunisie d’abord (enfin là, il y avait eu cafouillage : on a d’abord proposé d’en envoyer pour aider le régime de M. Ben Ali puis on s’est rétracté, puis on a appris qu’un gros envoi avait été bloqué par les douanes, ouf !) et par la suite au moment de la révolution égyptienne.

C’est vraiment rassurant de savoir que notre démocratie n’encourage pas la répression.. du moins celle qui se voit ces jours-ci sur nos écrans. Et rassurant, cela reste à prouver car ce que j’entends surtout là, c’est qu’auparavant le commerce de ce type de matériel devait être monnaie courante en plus d’être florissant.

Sommes-nous les meilleurs dans ce marché ? Combien de pays « aide »-t-on ainsi ? Où peut-on trouver les chiffres et les destinations de nos exportations de ces matériels ? Et y a quoi d’autre dans ces colis en plus des gaz lacrymogènes ?

L’essentiel est que nous en gardions quand même un petit peu pour couvrir les besoins de nos gendarmes locaux…

Démonstration de matériel de maintien de l’ordre à Anduze le 21 Janvier 2011

Pour finir, vous vous souvenez d’Amos Judd ? Cette « devinette » vous était proposée dans un billet de l’année dernière (c’est là); dans ce billet je vous parlais également d’Eric Zemmour (oui, encore un Eric) et de sa logique approximative. La justice a tranché, il a été condamné pour « provocation à la haine raciale ou à la discrimination » (2 000 euros avec sursis)… no comment.

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Dégage !

Posted by Lionel Sugier sur 10 février 2011

Mercredi, jour béni : après avoir attendu avec une fébrile impatience tout au long de la semaine, on découvre enfin les révélations du Canard Enchaîné, qui ne cessent de nous réjouir. Du voyage aérien de Mme Alliot-Marie dans un jet privé appartenant à son ami tunisien aux vacances en Égypte de M. Fillon invité dans l’avion de M. Moubarak, on en apprend toujours plus sur cette caste au pouvoir en France qui méprise les peuples et se justifie avec cette arrogance que procure l’impunité quasi-certaine.

Certains en profitent pour mettre tous les politiques dans le même sac, hurlant « tous pourris ».

Ne nous y trompons pas.

Il existe dans nos sociétés une caste, d’ailleurs pas uniquement composée d’hommes et de femmes politiques, mais aussi de journalistes, de chefs d’entreprises, d’artistes, de « vedettes » de la télé ; une caste qui vit dans son propre monde ; une caste de gens qui ont un jardinier pour entretenir leur(s) propriété(s) ; un chauffeur pour les conduire à leurs multiples rendez-vous urgents et importants ; une gouvernante pour leurs enfants ; un cuisinier à domicile ; des employés de maison à foison ; une caste de gens qui n’ont jamais pris le métro ni le bus, ni même le train (pour des raisons de « sécurité », sachez que le Président de la République et le Premier ministre voyagent uniquement en avion) ; une caste de gens qui n’ont jamais mis les pieds dans une épicerie, qui ne connaissent pas le prix de la baguette, et pour qui le SMIC mensuel correspond à l’argent de poche qu’ils octroient chaque semaine à leurs enfants, scolarisés dans des écoles privées très chères et très protégées, qui assurent la relève. Ils ne vivent pas dans notre monde, ils ont un monde à eux, à part, et ce, souvent, depuis leur naissance. Aujourd’hui, MAM et Fillon perpétuent le fameux « bling-bling » arrogant et insultant de Sarkozy, parce qu’ils sont nés là-dedans, ou qu’ils l’ont rencontré dans leur jeunesse et ne peuvent plus, ne savent plus s’en passer.  Les récentes vacances de MAM et de Fillon montrent leur inconscience. Ils ne sont pas conscients de leur différence, de l’insulte que leur salaire, que leur train de vie, que leur caste représente pour 90% des gens. Ils ne démissionnent pas parce qu’ils sont incapables de comprendre ce qu’on leur reproche. Ils sont à 10 000 lieues de nous, de notre quotidien, de nos préoccupations, nos problèmes, nos angoisses.

Ou, plus exactement, ils savent. Mais ils se pensent supérieurement intelligents, ultra protégés par un système que leurs ascendants ont créé. Ils se sentent invincibles, et n’ont que mépris pour ceux qui ne sont pas des leurs.

C’est là qu’il ne faut pas tomber dans la simplification : il existe, dans ce pays comme ailleurs, des hommes et des femmes politiques (et des journalistes, des chefs d’entreprises, des artistes…) qui ne sont pas nés avec une cuillère d’argent dans la bouche. Il existe des gens sincères, issus du peuple, à l’écoute du peuple, et qui veulent vraiment changer la société.

« ¡ Que se vayan todos ! » criaient les Argentins dans la rue en 2001 à des dirigeants incapables et corrompus : « Qu’ils s’en aillent tous ! »

Ce slogan est aujourd’hui repris par Mélenchon et le Parti de Gauche, qu’on a beau jeu de traiter de « populistes », or ce « tous » ne s’adresse pas à tous les politiques, mais seulement à cette caste de riches arrogants qui méprisent le peuple et ses aspirations.

Ben Ali est parti. Moubarak semble sur le départ au moment même où j’écris. Les dictatures tremblent devant la force de la rue.

Ben Ali est parti, poussé dehors par 1 million de manifestants. Ici, en démocratie, malgré les 3 millions d’opposants à la réforme des retraites de Woerth (tiens, encore un membre de la caste…), la réforme est passée, Fillon est resté, Sarkozy est resté. Serait-il plus facile de se débarrasser des dirigeants quand on vit sous une dictature ? Ou serait-ce que nous ne vivons plus vraiment dans une démocratie ? Manifestants pacifiques « gazés », syndicalistes, lycéens, étudiants mis en examen, jugés, condamnés, policiers zélés impunis, voire encouragés…

Lors des manifestations de cet automne, à Alès, une batucada lançait en rythme un « Sarko… Dégage, dégage, dégage… »

Parfois, j’aimerais bien qu’il se passe quelque chose, qu’on n’attende pas 2012. Et puis 2012, ça nous promet quoi, au mieux ? Un ex-président du FMI, institution très « libérale » qui saigne les peuples par ses « recommandations » économiques ?

Un Premier ministre largement oubliable disait « Ce n’est pas la rue qui gouverne ». C’est par la rue que les peuples ont gagné des luttes. C’est la rue qui a viré Ben Ali, et bientôt Moubarak. Même si ce n’est pas toujours le cas, la rue peut faire plier les dirigeants. C’est une des voies. Mais n’oublions pas celle des urnes, bien sûr ! Rappelons-nous 1936, parfaite adéquation entre les urnes et la rue !

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