Le Blog-Notes

Une pensée libre

Archive for avril 2011

Marie

Posted by Lionel Sugier sur 16 avril 2011

Il y aurait un roman à écrire sur ce qui est arrivé un jour à Vilnius à Marie Trintignant, et qui, compte tenu des protagonistes, risque de ne jamais se terminer. La mort infinie.

Jean-Louis Trintignant est, à mon humble avis, avec Michel Piccoli, le plus grand acteur de sa génération.

Bertrand Cantat est selon moi un des plus grands auteurs compositeurs, avec son groupe Noir Désir, de la chanson française engagée, tendance rock, de ces dernières années. Souvent imité, jamais égalé, Noir Désir est un groupe phare.

Derrière (ou devant, ou avec) ces deux artistes, il y a des hommes. Bertrand Cantat, un jour de 2003, a tué la fille de Jean-Louis Trintignant, Marie. C’était en Lituanie, à Vilnius, où elle tournait un film. Ils s’étaient rencontrés un an auparavant et leur relation était de l’ordre ou du désordre de l’amour passion. Cantat était jaloux de Samuel Benchetrit, l’ex de Marie qui lui téléphonait souvent, Marie était jalouse de l’ex-épouse de Bertrand, Krisztina Rády, mère de ses deux enfants, qui lui téléphonait souvent… Ils se sont violemment disputés un soir bien arrosé. Ils en sont venus aux coups. Elle est morte.

Il a été condamné à huit ans de prison, l’avocat général en demandant neuf. Il a été extradé en France, puis libéré. Il est resté en réalité quatre ans derrière les barreaux.

Au mois de juillet 2011, Bertrand Cantat et Jean-Louis Trintignant auraient pu se rencontrer dans les rues d’Avignon, chacun d’entre eux devant participer au festival. Après le retrait de Trintignant qui n’a pas voulu risquer de rencontrer le meurtrier de sa fille, l’homme qu’il hait le plus au monde, déclare-t-il, Cantat décide à son tour de ne pas venir au festival d’Avignon, pour respecter la douleur de Trintignant.

Cantat a purgé sa peine. Certains diront qu’elle fut bien légère. D’autres l’ont soutenu pendant cette épreuve. Marie, elle, pendant ce temps, n’avait pas d’épreuve à endurer, elle n’en aura jamais plus. Ses parents, Jean-Louis et Nadine, en revanche…

J’ai eu du mal à supporter le discours des artistes qui ont soutenu Bertrand Cantat, qui l’ont même presque compris, qui lui ont même pardonné son geste. Si pardon il y a un jour, il ne pourra venir que de Jean-Louis et de Nadine Trintignant. Si eux pardonnent, alors et seulement alors, nous pourrons pardonner.

On a entendu ici et là que Cantat et Marie étaient sous l’emprise de l’alcool ce soir maudit de 2003. Que Marie aurait frappé la première. Que les responsabilités dans la bagarre étaient partagées.

Oui. C’est toujours pareil. Mais bon, lorsqu’un homme et une femme se battent à mort, devinez qui meurt à la fin ?

Pourquoi c’est toujours la femme ?

Depuis la mort de Marie Trintignant, je n’écoute plus Noir Désir.

Depuis la mort de Marie Trintignant, Serge Teyssot-Gay, le guitariste de Noir Désir, s’est éloigné des autres membres du groupe.

Depuis la mort de Marie Trintignant, Denis Barthe, le batteur de Noir Désir et porte-parole du groupe, a décidé quelque temps après la libération de Cantat, qu’il avait toujours moralement soutenu pendant son incarcération, de dissoudre le groupe.

Depuis la mort de Marie Trintignant, Krisztina Rády, l’ex-femme de Bertrand Cantat, qui l’avait soutenu, comme Denis Barthe, s’est suicidée.

C’est qui, Bertrand Cantat ? Vous avez vu tout ce qui se passe autour de lui ?

Le mieux pour lui c’est qu’il se fasse oublier, qu’il fasse une formation d’ouvrier ajusteur, d’artisan plombier ou de courtier en bourse, mais qu’il nous lâche.

Et c’est un fan de la première heure de Noir Désir qui écrit ça, qui les a vus en tremplin au Printemps de Bourges quand ils étaient des inconnus…

Un jour, un copain m’a dit à propos de cette histoire, Tu sais Cantat il faut le comprendre, moi aussi ma première femme m’a poussé à bout, j’aurais pu faire comme lui, j’ai failli la tuer.

Ben ouais. Tu aurais pu. Tu as failli. La différence avec Cantat, c’est que tu ne l’as pas fait. Lui, oui.

Rappelons que Marie Trintignant avait une petite soeur, Pauline, morte à neuf mois quand Marie avait sept ans. Leur mère Nadine avait réalisé un film « Ça n’arrive qu’aux autres » pour surmonter cette épreuve. Perdre un enfant, oui, ça arrive, et pas qu’aux autres. Mais deux ???  Et dont l’un est tué ? En dehors des temps de guerre, cela n’arrive pas, ou peu.

Je comprends la douleur des Trintignant, je ne comprends pas la volonté de Cantat de vouloir revenir à la lumière.

Bien sûr, il portera cette faute, cet acte irréversible toute sa vie, et il en souffrira. Mais pourquoi raviver la souffrance des autres, de ceux qui ont perdu sous ses coups la chair de leur chair ?

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Petits bonheurs

Posted by Lionel Sugier sur 8 avril 2011

Le mercredi 6 avril 2011, dans son émission L’humeur vagabonde, sur France Inter, Kathleen Evin recevait l’excellent auteur de BD Manu Larcenet. En général, l’émission est ponctuée de deux ou trois pauses musicales que l’animatrice n’annonce ni ne désannonce. (Annoncer, c’est dire avant le morceau « Vous allez écouter …… par …… », désannoncer, c’est dire après : « Vous venez d’entendre …… qui interprétait …… »). D’ordinaire, elle attend la fin de l’émission pour récapituler les morceaux de musique programmés entre les différentes parties de l’interview. Or ce soir-là il s’est passé quelque chose qui me réjouit toujours en radio : un imprévu. Entre deux questions, Kathleen Evin laisse la place à la musique, en l’occurence un morceau assez ancien de Neil Young, et juste après, avant de reprendre son entretien, annonce qu’elle vient d’assister en direct à la conversion de Manu Larcenet à la musique de Neil Young. L’invité déclare qu’il n’avait jamais écouté ce musicien, bien que l’un de ses proches collaborateurs lui en parle pourtant souvent, mais qu’après avoir entendu ce morceau, il va sérieusement se pencher sur la question. C’est ce qu’on appelle une rencontre magique.

Je vous conseille de lire tous les albums de Manu Larcenet (même s’il y a parfois quelques rares faiblesses) et d’écouter tous les albums de Neil Young (même s’il a quelquefois pu céder à la facilité).

Deuxième petit bonheur, qui n’a rien à voir : la couverture de Politis cette semaine, c’est une photo de DSK avec la légende suivante : « Enquête sur la gauche de droite ». À l’intérieur, un dossier très intéressant, avec notamment un article d’Olivier Doubre sur les intellectuels de gauche et leur évolution depuis les années 1968-70, leur utilité, leurs fidélités ou leurs dérives. De la différence entre BHL et Bourdieu, entre Alain Touraine et Pierre Vidal-Naquet. Où l’on se conforte dans l’idée que ce sont les meilleurs qui partent les premiers (Deleuze, Guattari, Bourdieu, Vidal-Naquet, Daniel Bensaïd, Jacques Kergoat...) et qu’on se coltine toujours les autres et leur « évolution »…

Heureusement il reste encore Raymond Aubrac, Michel Pinçon, Edward Said, et les sociologues grandis à l’école de Bourdieu.

Le lien vers Politis est juste là sur votre gauche (évidemment !)

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