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Grandaddy

Posted by Lionel Sugier sur 10 février 2012

Un jour de 2003, j’ai entendu dans l’émission de Bernard Lenoir sur France Inter un morceau d’un groupe qui répondait au nom de Grandaddy, ce qui veut dire approximativement en français « Papy ». Ce titre était « Els Caminos in the West », ce qui veut dire approximativement, traduit d’un mauvais espanglais, « Les chemins de l’Ouest ». Dans la chanson, c’est le nom d’un village, je crois…

J’ai beaucoup aimé. Et me voici-voilà en route vers chez mon disquaire préféré pour acquérir la galette contenant le titre susnommé. Et, en écoutant le CD « Sumday », je découvre un groupe de pas si papys que ça, bien qu’affublés pour certains d’une barbe à la ZZ Top, un groupe de types beaucoup plus jeunes que moi (à l’époque j’ai déjà, hé oui, 45 balais…) qui pondent des chansons mélancoliques et belles, sussurées par une voix aigüe fréquemment au bord de la rupture comme je les aime, une sorte de Neil Young encore plus fragile, avec parfois des guitares saturées, parfois un piano pleureur, parfois des synthés guillerets. Et, bon, j’adore. Le CD que j’achète est flanqué d’un CD « bonus », en public, avec des titres enregistrés lors du prestigieux festival de Glastonbury, et d’autres lors d’une Black Session dans un studio de France Inter, chez Lenoir. Et nos amis grands-pères y annoncent qu’ils viennent de Modesto (ça ne s’invente pas !) en Californie, « very far from Los Angeles », précise le chanteur.

Oui. Des gens de Modesto, des gens modestes et géniaux, qui ont un véritable don pour la mélodie, comme je n’en avais plus entendu depuis les Beatles.

Petit à petit, j’ai acheté les autres disques de Grandaddy. En 2004 j’achète, le même jour, « The Sophtware Slump », de 2000, et « Under The Western Freeway », de 1997. Celui-ci est une des oeuvres emblématiques de la lo-fi, dont j’ai déjà parlé ici, avec une production volontairement déjantée, le CD craque parfois comme un vieux 33 tours usé, les synthés sont ludiques et fatigués, les riffs de guitare sont saturés, le chanteur a la voix délibérément brisée, chante parfois faux, et c’est un vrai bonheur d’humour et de sensibilité. « The Sophtware Slump » est plus ambitieux, plus léché, mais l’humour est toujours là, c’est le disque du passage au troisième millénaire, avec à la fois l’enthousiasme et la peur que cela peut susciter. On y croise entre autres un robot poète et un parc naturel dénaturé, avec les interrogations et les contradictions de l’homme de l’an 2000. C’est pour les amateurs de rock la grande époque du groupe Radiohead. Les critiques ont parfois comparé « The Sophtware Slump » de Grandaddy à « OK Computer » de Radiohead. Je place le premier un peu au-dessus du second, même si Radiohead a montré son sens de la mélodie, il manque la dimension humoristique, caustique et distanciée de Grandaddy. Le chanteur-auteur-compositeur de Grandaddy, Jason Lytle, même s’il n’a pas les possibilités vocales de Thom Yorke (de Radiohead), charrie dans sa voix beaucoup plus de sensibilité et peut davantage étonner quand il se lâche, à la manière un peu punk d’un Black Francis.

Toujours en 2004 (boulimie, boulimie) j’ai acheté à Paris « The Broken Down Comforter Collection », un CD qui réunit deux EP de Grandaddy, sortis en 1994 et en 1997, donc avant « Under The Western Freeway ».

En 2004 encore, Jason Lytle le généreux nous fait découvrir ses choix musicaux dans un CD nommé « Below the Radio – Artist’s Choice » avec nombre de ses influences (Beck, Pavement, Giant Sand) mais aussi des groupes inconnus qu’il apprécie. Un seul morceau de Grandaddy dans ce disque, un gag écolo où Lytle chante la nature avec des enfants, qui fit l’objet d’un clip naïf et rigolo.

En juin 2006, une émission de Bernard Lenoir nous apprend, ô rage ô désespoir, que le groupe se sépare. Et nous livre son dernier CD, « Just Like The Fambly Cat ». On peut le gagner en écrivant à l’émission les raisons pour lesquelles on aime ce groupe. J’envoie un texte que j’avais écrit en 2004 après la mort de mon père, et comment Grandaddy m’avait été d’un grand secours pour faire doucement mon deuil. Je reçois le disque en cadeau. En 2007, j’achète un CD de 7 titres, « Excerpts from the diary of Todd Zilla », paru en 2005, et qui avait séduit les déçus de « Sumday » parce qu’on y retrouvait la folie des disques précédents.

Presque tous les titres de Grandaddy sont enthousiasmants, même les plus pessimistes. Jason Lytle est un maître de la mélodie. Depuis ma rencontre avec Grandaddy, cherchant ensuite des groupes de la même mouvance, j’ai découvert d’autres grands mélodistes, comme Mark Linkous de Sparklehorse, et Daniel Johnston, dont je vous ai déjà parlé.

Tout comme Neil Young, Bob Dylan, John Lennon et Leonard Cohen sont les musiciens qui m’accompagnent depuis ma jeunesse, Sparklehorse, Daniel Johnston et avant eux Grandaddy sont les musiciens éternels de ma maturité.

Depuis la fin de Grandaddy, Jason Lytle a fait des tournées en solo, un disque très chouette tout seul (« Yours Truly, The Commuter »), s’est marié avec une fille de Modesto, a déménagé, a collaboré avec d’autres musiciens (il chante deux titres sur le dernier Sparklehorse paru après le suicide de Mark Linkous) et a monté avec un des anciens de Grandaddy et les deux membres de Earlimart (présents dans « Below the Radio ») le groupe Admiral Radley, pas mal mais pas vraiment à la hauteur du Grandaddy de la belle époque.

Faites-moi plaisir, allez n’importe où sur le net, trouvez Grandaddy, c’est fastoche, et écoutez. Après hein, c’est chacun ses goûts…

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