Le Blog-Notes

Une pensée libre

Archive for octobre 2014

Violence d’État

Posted by Lionel Sugier sur 31 octobre 2014

Il y a longtemps que je n’ai pas évoqué ici l’actualité nationale ou internationale. J’avoue que je n’ai pas toujours envie de parler de thèmes que les journaux, les radios, les télés et le net traitent parfois jusqu’à plus soif, et je ne vois pas toujours ce que je pourrais rajouter à la pléthore de commentaires des journalistes, des chroniqueurs, des éditorialistes, et même des citoyens qui s’expriment de plus en plus (un exemple : les commentateurs des blogs de medias sur Internet).

Il faut dire aussi qu’à voir la marche en avant (sans aucun doute vers le mur) de nos gouvernants, que ce soit en France ou en Europe, on a de quoi être dégoûté. François Béranger (eh oui, encore lui !) chantait déjà, en 1997, « En avant pour le grand bond en arrière » !

La liste est tellement longue des reniements et des reculades des soi-disant socialistes au pouvoir, de leurs cadeaux aux riches, que la rappeler ici aurait deux conséquences immédiates : 1. me (et vous) donner la nausée, 2. en oublier la moitié.

Peu à peu, et c’est un gouvernement dit de gauche qui est aux manettes, nos acquis sociaux volent en éclats, dans l’indifférence à peu près générale. Voire l’approbation de beaucoup.

Je dirais simplement que les assistés ne sont pas ceux que l’on croit, mais bien les grandes entreprises (et les journaux nationaux qui servent la pensée dominante, c’est-à-dire le libéralisme, qu’il soit ou non « social ») ; que les pires fraudeurs (ceux qui coûtent le plus au pays) ne sont pas ceux que l’on vous désigne, mais bien les plus riches qui savent très bien garder et faire fructifier leur argent. Ceux qui prennent la peine de s’informer savent tout cela. Les plus démunis, mais également les classes dites « moyennes », font les frais de mesures quasi quotidiennes qui sont perçues comme des violences.

Mais ce qui motive aujourd’hui cet article, c’est la violence brute, le scandale de la mort de Rémi Fraisse.

Je ne sais pas qui était ce jeune manifestant. Je ne sais pas s’il était un adepte de l’action dure, comme le suggèrent quelques medias, ou un écologiste sincère et pacifique, comme le disent José Bové et Cécile Duflot. Et après tout, peu importe. Chacun peut avoir son opinion sur les moyens de lutte, et on sait que les divergences sur leur efficacité existent et font débat.

Ce qui apparaît dans cette douloureuse histoire, c’est qu’un jeune homme a été tué, par une grenade offensive lancée par un garde mobile, tout ça pour un barrage qui visiblement ne serait là que pour satisfaire quelques exploitants adeptes de l’agriculture intensive.

Depuis 1986, plus aucune personne n’avait été tuée au cours d’une manifestation. 1986, c’était il y a 28 ans, c’était Malik Oussekine, frappé à mort par un flic « voltigeur » de Pasqua, ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, tendance droite dure.

Aujourd’hui, on dit (et pour la majorité de la population c’est perçu ainsi) que la gauche est au pouvoir. Il arrive donc qu’un flic tue également sous la gauche. Les grenades offensives doivent « normalement » être lancées en roulant sur le sol et les policiers le savent bien. Ils savent aussi que ces armes ont déjà fait des dégâts (mains arrachées en 2013 en Bretagne et en 2001 à Lille, au cours de manifestations).

L’actuel ministre de l’Intérieur déclare qu’il n’acceptera pas qu’on accuse la police ou la gendarmerie. C’est sa première réaction à la mort d’un jeune homme. Le Premier ministre tient le même discours et évoque les « casseurs ».

Le Président de la République attend trois jours avant de réagir, et après avoir dit sa compassion pour la victime, il en appelle à la « dignité » et à la « tempérance ». Sans doute comme le Président socialiste du Conseil général du Tarn, qui a osé déclarer : « Mourir pour des idées, c’est une chose mais c’est quand même relativement stupide et bête. Mais je tiens à dire que je comprends et je me mets à la place des parents dans cette situation. » Pauvres parents qui ont la malchance d’avoir eu un fils stupide et bête !

Des manifestations ont lieu ici et là à la mémoire de Rémi Fraisse. Il se peut qu’il y ait des « débordements », c’est la seule chose qui inquiète le gouvernement.

Quant au policier qui a jeté la grenade, si on le retrouve (Hollande a promis comme d’habitude de « faire toute la lumière » mais il va se heurter à Cazeneuve et Valls qui refusent qu’on mette en cause les forces de l’ordre), il pourra toujours dire, comme en d’autres temps, « Je n’ai fait qu’obéir aux ordres ».

Je disais plus haut que j’étais dégoûté. Le mot est bien faible.

Rémi Fraisse avait l’âge de mon fils, et peut-être du vôtre. La vie devant lui.

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François Béranger (épisode 3)

Posted by Lionel Sugier sur 18 octobre 2014

beranger

Béranger, Alarcen and Co sont venus à Alès, à la fin des années 70, donner un concert au théâtre, qui ne s’appelait pas encore le Cratère. La salle était pleine à craquer. De nombreux fans, n’ayant pas pu entrer, attendaient dehors en gueulant. Et voulaient entrer sans payer, « rebelles allant voir le concert d’un rebelle »… Dans la salle, entre les premiers morceaux, plusieurs voix se sont élevées pour interpeller le chanteur : « Il y a du monde dehors, laisse-les entrer ! »

Béranger a essayé d’expliquer que ce n’était pas possible d’accueillir davantage de personnes.

Un peu plus tard, pendant que les musiciens jouaient, un jet d’eau a jailli du plafond, arrosant copieusement les musiciens : deux ou trois excités manipulaient la lance à incendie du haut de la structure métallique qui surplombait la scène.

Béranger s’est mis à gueuler, disant que ce genre de plaisanterie c’était très dangereux, surtout pour les guitaristes qui risquaient l’électrocution.

Après quelques minutes le concert a repris, la sécurité étant à nouveau assurée. Les arroseurs, eux, avaient eu le temps de s’échapper.

Et ce fut un spectacle inoubliable, exactement dans cette ambiance rock, militante et marrante que l’on retrouve sur le disque que j’évoquais dans l’épisode précédent (« François Béranger en public »).

Bon… C’était une période un peu mouvementée, avec un public qui parfois demandait l’impossible. Pour les deux ou trois arroseurs (et d’autres dans la salle), Béranger n’avait pas fait entrer tout le monde, il n’avait pas permis l’invasion totale (d’ailleurs, était-il possible pour lui de le faire ?), donc il devait « payer ». Heureusement il n’y a pas eu de conséquences pour les musiciens…

Je connais l’un des arroseurs, « plus anar tu meurs », du moins c’est ce qu’on disait de lui à l’époque.

Vingt ans plus tard, il était sous-préfet.

Les temps changent…

François Béranger, lui, n’a jamais changé.

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François Béranger (épisode 2)

Posted by Lionel Sugier sur 14 octobre 2014

beranger en public

Quand j’étais à l’école normale de Nîmes, après mon bac, François Béranger était un artiste que beaucoup d’entre nous écoutions. Il représentait, au même titre que Bernard Lavilliers, un « rebelle » qu’à cet âge-là, et dans ces années-là, nous aimions aimer.

À partir de 1974, avec son disque « Le monde bouge », François Béranger a travaillé avec un guitariste rock, Jean-Pierre Alarcen, et il est passé ainsi d’une chanson française « à l’ancienne » à quelque chose de plus énergique, qui a aussitôt rallié la jeune génération. Aujourd’hui, ce style que j’appelle « à l’ancienne » existe toujours chez des groupes comme les Ogres de Barback, les Têtes Raides et bien d’autres, parfois chez Sanseverino, ils ont leur public, les gens sont plus ouverts qu’à l’époque de Béranger où si on ne passait pas par le rock on était qualifié de « ringard ».

Moi-même, j’avais du mal à écouter quelque chose où il n’y avait pas de guitare électrique et de batterie. Dès 1968, Léo Ferré s’y était mis avec le groupe Zoo qui l’accompagnait dans ce qui fut son plus grand succès, « C’est extra ».

En 76,   Béranger commence une tournée de concerts avec son groupe rock : Jean-Pierre Alarcen (guitare), Gérard Cohen « de Tunis » (basse), Serge Milo Millerat (batterie), Francis Lockwood (claviers), Jean-Loup Besson (batterie)… Heu… Y avait-il deux batteurs ? Sur une video de « Paris-Lumière » (voir PS 2 ci-dessous) on voit effectivement deux batteries, et Millerat est plutôt crédité aux percussions. Peu importe… Le disque « François Béranger en public », à l’origine un double 33 tours, réédité en CD en 2005, reste une vraie madeleine pour ceux et celles qui ont vu un des concerts de cette période.

Si vous voulez vous y (re)plonger, écoutez ce superbe album en public, et les trois disques studio de la même époque : Le Monde bouge (1974), L’alternative (1975), Participe présent (1978).

PS 1 : Dans le disque en public, Béranger donne une nouvelle jeunesse aux morceaux de ses débuts en les habillant à la manière d’Alarcen. Il parsème son spectacle de commentaires marrants, par exemple il présente les musiciens en début de concert, et il ajoute  « Comme ça vous pourrez mettre un nom sur les erreurs. »  Dans la reprise de « Tranche de vie » , il dit au milieu de de la chanson « C’est pas fini » comme à la fin de la face 1 du 45 tours (voir mon épisode 1). Il précise : « C’est dans le texte… Je le dis à chaque fois… Je dis à chaque fois que je le dis à chaque fois… »

PS 2 : C’est dans l’album « Le monde bouge » que figure la chanson de Béranger que je préfère, « Département 26  » . On peut l’écouter sur la toile. Je ne vous en dis rien, je vous la laisse découvrir. Plus haut, j’ai parlé de « Paris Lumière » : c’est un titre fleuve de l’album « L’alternative » (1975). Trois ans plus tard, « Participe présent » marquera la fin de la collaboration artistique entre Béranger et Alarcen.

PS 3 : les lettres PS veulent dire « Post Scriptum », et non pas Play Station. Ou autre chose…

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