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La plus belle chanson du monde de la semaine (19)

Posted by Lionel Sugier sur 1 juin 2015

Je sais, c’est pas chaque semaine. Je ne tiens pas le rythme. On en a déjà parlé. Disons qu’il y a des semaines avec et des semaines sans…

dublin fusiliers

The Band Played Waltzing Matilda, paroles et musique d’ Eric Bogle, par The Pogues, sur l’album Rum, Sodomy and the Lash (1985).

Je vous en ai parlé vaguement dans un article précédent. J’ai tardé à mettre ce titre en « plus belle chanson… » parce qu’il mérite un développement inhabituel à cette série.

Il ne faut pas confondre cette chanson avec « Waltzing Matilda », qui est un traditionnel australien presque aussi important que leur hymne national. « Waltzing Matilda » est joué quasiment à chaque événement marquant en Australie, c’est pour les Australiens comme un chant fondateur de leur identité. Il conte l’histoire d’un vagabond qui court  les chemins, qui se loue dans les fermes, avec son baluchon à l’épaule qui balance derrière lui et qu’il appelle Matilda. Le balancement est comme une danse, une valse, et lorsqu’il rencontre d’autres journaliers, il leur propose de faire un bout de chemin avec lui, à faire « valser Matilda » ensemble. La chanson finit mal, mais l’hymne reste.

En 1971, Eric Bogle, auteur-compositeur australien, écoeuré par ce qu’il a appris de la guerre de 14-18, et remonté contre la guerre du Vietnam, écrit une chanson faisant référence à cet hymne : « And the Band Played Waltzing Matilda ». Elle conte l’histoire d’un Australien mobilisé pour la bataille de Gallipoli (dite aussi des Dardanelles) où les Alliés ont combattu l’empire Ottoman, d’avril 1915 à janvier 1916. Et bien sûr, comme tout ce qui s’est passé durant cette guerre, ce fut un massacre.

Le groupe punk irlandais The Pogues a repris cette chanson dans son deuxième album, en 1985. Quand on l’écoute, même si on n’est qu’approximativement anglophone, on est violemment secoué au milieu du troisième couplet, quand le narrateur dit… mais je préfère vous le laisser découvrir.

C’est une chanson totalement anti guerre, mais qui ne se contente pas de dire que « la guerre, c’est pas bien ». Qui vous montre comment une vie peut être brisée, que la mort peut parfois sembler préférable. C’est poignant. Et hyper réaliste. C’est l’une des plus belles chansons du monde contre la guerre de 14, cette boucherie où sur tous les fronts les pauvres ont payé de leur vie ou de leur intégrité physique et morale, pour une petite bande de privilégiés qui envoyaient le petit peuple se faire tuer pour garder leur pouvoir. On commémore actuellement cette guerre, non ? Moi je le fais à ma façon…

Shane MacGowan, le leader charismatique des Pogues, choisit de placer cette chanson à la fin du deuxième disque de son groupe. Ce n’est pas un hasard. L’auteur est d’origine écossaise, et on sait les liens qui unissent l’Irlande à l’Écosse. Et on sait aussi que ces peuples, comme les Australiens, qui n’avaient rien demandé, ont été embarqués par les puissants dans la première guerre mondiale comme chair à canon.

Si vous écoutez attentivement « The Band Played Waltzing Matilda » par les Pogues, vous pleurerez de rage et d’impuissance.

Le titre de l’album, « Rum, Sodomy and the Lash » est tiré d’une citation attribuée à Winston Churchill : « Les trois principales occupations de la marine anglaise, c’est le rhum, la sodomie et le fouet ». En réalité, il n’aurait jamais dit ça. Dommage, non ?

Cet album est le plus beau des Pogues, on y trouve leur seul morceau interprété par une femme ( Cait O’Riordan) et qui s’appelle « I’m A Man You Don’t Meet Everyday » (!) ; c’est le premier disque où les compositions de MacGowan (comme « A Pair Of Brown Eyes » ou « Sally MacLennane ») l’emportent sur les reprises de traditionnels ; et celles-ci sont magnifiques ( « Navigator » de l’Irlandais Phil Gaston ou le célèbre « Dirty Old Town » de l’Écossais Ewan McColl).

Au-delà de la plus belle chanson du monde de cette semaine (réellement déchirante) c’est tout l’album que je vous conseille. Un grand classique. Attention pour ceux et celles qui ne connaissent pas : c’est un peu -beaucoup- punk. Mais c’est aussi très, très irlandais.

La pochette est un détournement du « Radeau de La Méduse », le tableau de Géricault.

Photo : les Irlandais étaient aussi à Gallipoli…

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