Le Blog-Notes

Une pensée libre

Archive for juin 2012

FN : ils veulent le job, mais ils ne font pas le boulot

Posted by Lionel Sugier sur 19 juin 2012

Préambule : petit chelem dans le Gard, Roustan en député fini, 5 circos sur 6 à gauche, Collard la grande gueule, le gesticulateur inutile, qui sera un Tapie tapageur éphémère, un Lorrain de Saint-Affrique vite oublié, et qui gagne de très très peu sur Katy Guyot, c’est fort dommage, et ça donne à nouveau au Gard une visibilité dont on se serait volontiers passé.

Au-delà des « idées » du FN dont je ne traiterai pas ici (ce n’est pas l’objet de mon article), je voudrais juste signaler un fait révélateur.

Il s’agit de la tenue des bureaux de vote. Dans une commune, les élus ont le devoir de tenir le(s) bureau(x) de vote, cela fait partie de leur fonction. Parmi les élus municipaux, le maire désigne pour chaque bureau un président et un vice-président, qui se relaient devant l’urne pour accueillir les électeurs, faire vérifier leur inscription sur les listes électorales et les inviter à voter. D’autres élus sont nommés assesseurs par la mairie. Des citoyens non élus peuvent être assesseurs suppléants. Les assesseurs, titulaires et suppléants, tiennent le cahier d’émargements, ou la table des bulletins et des enveloppes. Ils sont chargés de vérifier que les électeurs(trices) ne se trompent pas de bureau et de s’assurer qu’ils ont bien une pièce d’identité à présenter au président ou au vice-président. Ils assistent ceux-ci en cherchant sur les listes les noms des électeurs.

Il existe aussi, pour assister les élus, des assesseurs représentant les candidats. Ils se relaient également au cahier d’émargements et aux enveloppes. Non content de soulager le travail des élus, ils contrôlent le bon déroulement des opérations. Chaque candidat peut avoir également un ou plusieurs délégués qui circule(nt) dans les différents bureaux pour veiller à ce que tout se passe dans les règles.

C’est un partage des tâches, un véritable exercice concret de démocratie, où chacun(e), quelle que soit son opinion, participe activement à ce moment essentiel de la vie politique qu’est l’élection. C’est un travail bénévole, qui vous prend une partie de votre dimanche, une vraie implication de citoyen, comme celle des scrutateurs, recrutés dans chaque bureau de vote parmi les électeurs, et qui procèdent aux opérations de dépouillement (comptage des voix).

Dans notre circonscription, la 5ème du Gard, au deuxième tour des législatives, restaient en lice un candidat du PS et un candidat du FN. À Saint Christol, les socialistes ont inscrit dans tous les bureaux de la commune des assesseurs, qui ont participé aux opérations de préparation, de permanence, de contrôle du dépouillement, et des délégués.

Il n’y a eu AUCUN assesseur ni délégué du FN. Ils voulaient bien être élus, mais surtout pas participer aux opérations de vote. En gros, ils ont laissé le boulot aux autres. C’est dire à quel point ils démontrent leur mépris de la vie démocratique. Ils se disent anti-système, ils ne viennent pas mettre la main à la pâte, mais ils souhaitent être élus, c’est-à-dire entrer dans le système qu’ils dénoncent. Ils haïssent la démocratie mais s’en servent (sans se mouiller personnellement) pour accéder aux postes d’élus.

Pensez-vous qu’une fois élus, ils respecteraient la démocratie qui les aurait portés au pouvoir, alors qu’ils ne se dérangent même pas pour la faire fonctionner au moment du vote ? On peut sérieusement en douter.

On va dire bien sûr que j’exagère, on va me sortir la vieille lune, vous savez, « l’Histoire ne se répète jamais », mais c’est une élection démocratique qui a porté au pouvoir en Allemagne en 1933 un certain parti. Quand on voit que le programme du FN surfe entre le nationalisme pur et dur et les promesses sociales pour les plus humbles, on peut se dire qu’on n’en est pas loin…

Il faut absolument que le nouveau gouvernement, le nouveau président de la République, confortés par leur majorité à l’Assemblée, réussissent à offrir au plus grand nombre de Français une vie meilleure, sinon la prochaine fois, les ennemis de la démocratie (« le pire des systèmes à l’exception de tous les autres » selon Winston Churchill) risquent de l’emporter (sans avoir fait le boulot !) et de nous ramener aux heures les plus sombres de notre Histoire.

Annexe 1 : la profession de foi de la candidate FN de la 5ème circonscription ne contenait aucun mot écrit par la candidate, c’était juste un « copier-coller » de la trame imaginée par le staff de Mme Le Pen à distribuer dans tous les coins où le FN était présent au second tour. Rien sur la candidate, son parcours, ses engagements pour la population de la circo.

Annexe 2 : une dame gesticulant et parlant fort dans son téléphone portable devant la mairie lors de l’annonce des résultats nous a reproché de ne pas avoir affiché la tête de la candidate FN sur les panneaux électoraux à l’entrée de l’école Joliot Curie. Cette dame ignore donc que ce sont les candidats qui affichent, le rôle de la mairie étant de leur laisser les panneaux officiels à disposition. Là encore, ils voudraient qu’on fasse leur boulot…

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Europe : y a du boulot !

Posted by Lionel Sugier sur 11 juin 2012

Le 6 mai, François Hollande a été élu président de la République. Cela ne vous aura pas échappé.

Le 30 mai, et là en revanche cela échappe à beaucoup d’entre nous, la Commission européenne a « dévoilé », ou plutôt édicté, ses recommandations économiques pour les États membres de l’Union Européenne. Un véritable bonheur. Le pied intégral. La promesse d’un avenir radieux.

Et surtout, le mépris affiché pour les élections nationales françaises, ignorant totalement le changement de donne. L’affirmation de l’inéluctabilité des dogmes économiques libéraux, les seuls possibles, et le renvoi des politiques (et par conséquent de la volonté des peuples) à leur rôle de figurants.

Il y a en Europe des gens qui sont élus démocratiquement, et qui sont censés représenter chaque citoyen européen, il y a un Parlement alibi, il y a un Conseil des ministres qui théoriquement détient les pouvoirs législatif et exécutif, et depuis 2009 il y a un Conseil européen (des chefs d’État) qui se réunit 4 (oui, quatre) fois par an pour faire plaisir à ses membres.

Tout ça c’est pour la galerie.

Et puis, bien au-dessus, il y a la Commission européenne, qui n’est là en principe que pour « recommander », c’est-à-dire en réalité pour imposer aux États ce qu’ils doivent faire s’ils veulent que les différents traités soient respectés. Voici donc quelques-unes de ses « recommandations » pour la France, qui sont en fait des ordonnances destinées à contrôler les projets de budget des États avant leur vote par les parlements nationaux :

1. Approbation de la réforme Fillon sur les retraites, estimée insuffisante à long terme, donc il faut « des réformes supplémentaires à l’horizon 2020 ».

2. Applaudissements à la création de la TVA antidélocalisation de Sarkozy, qui a un impact positif sur la « profitabilité des entreprises ».

3. Demande au gouvernement de faciliter les licenciements, pour éviter de faire « peser des coûts potentiellement considérables sur les entreprises ».

4. Nécessité de la modération salariale : « L’augmentation des coûts salariaux unitaires a mis sous pression la profitabilité des entreprises ».

5. Il est indispensable que soit « renforcée l’intensité de la compétition dans nombre d’industries en réseau (électricité, secteur du rail) ».

6. Il faut que la concurrence (jugée « sous-optimale ») se renforce dans le commerce de détail et les services.

7. Comme le déficit « excessif » ne sera pas corrigé d’ici à 2013, le gouvernement devra prendre « des dispositions supplémentaires ».

La Commission fait comme si François Hollande n’avait pas été élu, comme s’il n’avait pas affirmé l’objectif de revenir à 3% de déficit l’année prochaine, comme s’il n’avait pas l’intention de revenir sur la loi Fillon, comme s’il n’avait pas promis un coup de pouce au Smic. La Commission se fout de qui a été élu et pourquoi. La Commission commissionne, préconise, montre la seule voie possible. La Commission ne jure que par quelques concepts : concurrence libre et non faussée, « profitabilité » (néologisme ultralibéral), faible coût pour les entreprises, stagnation des salaires, licenciements nécessaires, libéralisation des services…

Il est urgent de rappeler à ces technocrates que l’ultralibéralisme n’est pas le seul horizon possible, que l’Europe qu’ils voient avec leurs oeillères n’est pas l’Europe des peuples qu’il faudra bien commencer un jour à construire.

Souhaitons que le nouveau gouvernement continue à s’affranchir de ces « recommandations » qui ont tout du diktat, et qu’il rappellera, avec force (et avec d’autres), que ce sont les politiques (élus par les peuples) et non les techniciens qui décident.

Note : ce texte emprunte librement à un article de Michel Soudais paru dans Politis 1206 du 7 juin 2012. Les passages en italique proviennent directement du texte des recommandations économiques de la Commission européenne du 30 mai.

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