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Archive for the ‘Notes de lectures’ Category

ça, on a aimé et on veut bien partager !

Gotlib (Marcel Mordekhaï Gottlieb, dit)

Posted by Lionel Sugier sur 5 décembre 2016

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Quand j’étais petit, j’étais abonné à Vaillant le journal de Pif. Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes… Dans ce journal, sur deux pages on pouvait lire dès 1962 les aventures de Jujube, Nanar et Piette, un garçon et une fille, vraisemblablement frère et soeur, Nanar et Piette, qui vivaient à la campagne, dans une ferme, et avaient adopté un renard, Jujube, comme animal de compagnie. Une bande dessinée humoristique traditionnelle (un peu le pendant laïque de Sylvain et Sylvette) scénarisée et croquée par un jeune artiste de 28 ans qui signait Gotlib.

Puis un jour, exactement le 12 juillet 1964 (j’avais 6 ans…) apparut dans cette BD un nouveau personnage, fortement inspiré du Droopy de Tex Avery, un chien particulièrement mou, aux paupières tombantes, ne riant jamais (sauf justement lors de sa première apparition, mais uniquement dans la dernière case….) et répondant au nom de Gai-Luron. Progressivement, les personnages de Nanar et Piette ont disparu, la page a changé de titre pour devenir Jujube et Gai-Luron. Jusqu’en 1972, Vaillant devenant Pif Gadget en 1969, Gotlib a promené Gai-Luron dans ces pages, le chien impassible toujours flanqué de Jujube devenu son faire-valoir, et d’une souris facétieuse et souffre-douleur, puis il l’a abandonné. Ses aventures sont régulièrement rééditées depuis 1975 par les éditions Fluide Glacial (anciennement Audie, ce mot étant encore une trouvaille de Gotlib, AUDIE c’est l’acrostiche de « Amusement, Umour, Dérision, Ironie, Et-toutes-ces-sortes-de-choses »).

Parallèlement à l’aventure Pif, souhaitant investir une BD plus adulte, il entre à Pilote en 1965 et s’attaque aux Dingodossiers sur des scénarios de René Goscinny. Celui-ci le trouvant assez mûr pour continuer tout seul lui donne carte blanche, et dans l’esprit des Dingodossiers naît alors la Rubrique-à-brac, scénarisée et dessinée par Gotlib seul. Comment oublier son Isaac Newton avec le gag récurrent de la pomme qui lui tombe sur la tête, et la coccinelle qui est à la Rubrique ce que la souris est à Gai-Luron…

En 1972, il lance avec Nikita Mandryka (le créateur du Concombre masqué) et Claire Brétécher un nouveau mensuel de bandes dessinées, destiné plutôt aux adultes, on est après 68, les jeunes bédéistes se lâchent, l’Écho des Savanes (qui existe toujours mais qui n’a depuis très longtemps rien à voir avec ce qu’il était à sa naissance). Puis, avec son ami Jacques Diament, en 1975 il crée son propre mensuel de BD, Fluide Glacial (Umour et Bandessinées).

Un vrai vivier de talents. Quelques noms comme ça, parmi ceux que Gotlib et Diament ont découverts : Binet (les Bidochon), Édika, Goossens, Lelong (Carmen Cru), Maëster (Soeur Marie-Thérèse des Batignolles), jusqu’à Manu Larcenet qui a commencé à Fluide et fait aujourd’hui tout autre chose. Je pourrais évoquer aussi Foerster, Coucho, Moerell, Gaudelette, Ferri, SatoufMargerin est également passé par Fluide. Et j’en oublie beaucoup.

Gotlib a créé également, avec Lob et le dessinateur Alexis, le personnage de Superdupont. Il a terminé une aventure de ce super-héros super-franchouillard après la mort prématurée et subite d’Alexis. Superdupont a même eu les honneurs de la scène grâce à Jérôme Savary avec Alice Sapritch au générique !

Gotlib a dessiné longtemps, en particulier tant qu’il a écrit les éditos de Fluide Glacial en les illustrant (j’en ai chez moi une collection que le monde entier m’envie…) et je crois que le dernier personnage qu’il ait dessiné était Pervers Pépère, dans Fluide, des planches d’une page, généralement sans paroles. Depuis longtemps aussi, il ne dessinait plus.

J’ai vu récemment une très belle expo qui lui était consacrée, elle tourne peut-être encore en France, si c’est le cas ne la loupez pas.

Gotlib est sans doute le type qui m’a fait le plus marrer au monde.

Il y a quelques semaines, deux auteurs de Fluide Glacial (en vente partout), Fabcaro et Pixel Vengeur, ont repris le personnage de Gai-Luron. C’est très réussi, l’esprit de Gotlib est là, on retrouve avec plaisir le chien inexpressif et désopilant, son ami Jujube et son amoureuse Belle-Lurette. Les auteurs seront présents à la boutique Alès BD pour dédicacer leur album le samedi 10 décembre après-midi. Ce rendez-vous était prévu depuis quelques semaines, il devrait prendre une couleur particulière après la mort du créateur.

Vous voulez rire ? Lisez et relisez Gotlib !

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En vrac

Posted by Lionel Sugier sur 17 mai 2015

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Ces derniers temps, j’avais envie de vous parler de plusieurs choses qui m’avaient accroché, et donc écrire plusieurs articles. J’avais noté ça dans mon agenda, comme un pense-bête, la dernière semaine d’avril.

Et puis je n’ai rien écrit. J’ai laissé un peu tomber ce blog et ses lecteurs. Par paresse ou désinvolture. Je sais pas.

Aujourd’hui je vous livre tout ça ensemble, parce que je veux tout de même vous en parler, et parce que peut-être finalement tout est lié.

Deux écrivains, « témoins de leur temps », comme on dit, ont disparu récemment, et ça vaut le coup de vous y intéresser : d’abord Eduardo Galeano, une des consciences de l’Amérique du sud, qui a écrit entre autres Les veines ouvertes de l’Amérique latine en 1971. C’est un essai qui décortique l’exploitation de ce continent par les pays étrangers depuis le XVème siècle. Quand je suis arrivé en Bolivie en 1981, on m’a vivement conseillé de le lire. Là-bas, c’est le livre de chevet de la gauche latino-américaine. Ce qui était frappant en le lisant, au début des années 80, c’est de constater que rien n’avait changé dans ces pays depuis leur indépendance. Eduardo Galeano, de nationalité uruguayenne, plusieurs fois emprisonné, exilé, a été un collaborateur du Monde diplomatique. Et Les veines ouvertes… est une somme historique indépassable.

Au même moment disparaissait l’écrivain allemand Günter Grass, surtout connu ici par l’adaptation cinématographique de son livre Le tambour. Romancier et essayiste, figure éclairée et éclairante de la gauche allemande, il avait avoué tardivement avoir fait partie des jeunesses hitlériennes quand il était un gamin qui ne comprenait rien. Cela m’amène à vous conseiller de voir un film très récent, que j’ai vu en avant-première au festival Itinérances le 27 mars dernier, Le labyrinthe du silence, du réalisateur allemand d’origine italienne Giulio Ricciarelli, qui explique comment les Allemands qui n’avaient pas vécu la deuxième guerre mondiale ont découvert Auschwitz. Et comment le silence a régné pendant près de quinze ans après la fin de la guerre. Malheureusement ce film n’a pas été programmé aux Arcades, et je crois qu’il n’est déjà plus au programme du Sémaphore (à vérifier). Surveillez la sortie du DVD.

Je pense que si on lit Eduardo Galeano et Günter Grass, si on voit Le labyrinthe du silence, on apprend beaucoup, et on ne s’ennuie pas.

J’avais envie de vous parler aussi de Petros Markaris, un écrivain grec, scénariste de Théo Angelopoulos (excusez du peu…) qui parle de son pays aujourd’hui par le biais du polar. Le commissaire Kostas Charitos, ses adjoints un peu « bras cassés », sa femme, sa fille, son gendre, son vieil ami communiste qui fut torturé sous la dictature des colonels, ses enquêtes au milieu des embouteillages et des manifestations au coeur d’Athènes peignent la Grèce actuelle avec profondeur et humour. Sa dernière trilogie (Liquidations à la grecque  / Le justicier d’Athènes / Pain, éducation et liberté, tous parus en poche, demandez-les à votre libraire) nous met en face d’assassins (presque) sympathiques et d’assassinés (complètement) pourris… Et nous donnent envie de lire ses 6 ou 7 romans précédents, comme une série.

J’avais envie de vous parler du magnifique festival de documentaires de Lasalle, où chaque film vous fait voyager et vous apprend ce que la télé ne vous dit pas, mais là c’est fini, rendez-vous l’année prochaine (c’est en même temps que la feria d’Alès mais c’est pas tout à fait la même ambiance…)

J’avais aussi envie de vous faire partager une « plus belle chanson du monde de la semaine », And the band played Waltzing Matilda, des Pogues, mais j’ai cherché autour, et j’ai trouvé tout plein d’infos, il faudra que j’y consacre un article plus long que d’habitude.

À bientôt, donc.

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Arnaldur Indridason

Posted by Lionel Sugier sur 20 avril 2014

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C’est le nom d’un écrivain islandais, un auteur contemporain de polars qui se passent tous dans cette île lointaine aux noms de lieux et de personnes imprononçables, cette terre de Vikings, de sagas, protégée par les dieux Thor et Odin.

Peut-être que si je vous dis que c’est la patrie de Björk, cela parlera davantage à ceux d’entre vous qui s’intéressent à la musique rock.

Arnaldur Indridason, connu de tous les amateurs de polars « exotiques », conte les enquêtes policières d’Erlendur Sveinsson, commissaire à Reykjavik, et de ses deux adjoints, Elinborg et Sigurdur Oli, inspecteurs.

À ce jour, neuf romans de ce cycle ont paru, et leurs titres sont souvent associés à la température ambiante du coin : « Hypothermie », « Hiver arctique », « L’homme du lac » (gelé, bien sûr), « La muraille de lave » (du nom de la barrière de corail de la mer d’Islande).

Au fil de ses romans, Arnaldur Indridason suit ses personnages de policiers, s’éloignant parfois de l’enquête proprement dite pour entrer progressivement dans la vie privée (et souvent compliquée) des enquêteurs, particulièrement d’ Erlendur. On apprend beaucoup de choses sur l’Islande, on est plongé dans ses paysages, ses fjords, ses petits villages, ses redoutables blizzards, on apprend aussi que dans ce petit pays le nom de famille est moins important que le prénom, on découvre que Reykjavik est une ville qui ressemble beaucoup à toutes les villes du monde, avec son lot de crimes, de misère, de trafics de drogue, de différences sociales et culturelles, et d' »ultra moderne solitude » comme le chante Alain Souchon.

Dans la tradition des écrivains des pays nordiques, Arnaldur écrit des sagas. On finit par s’intéresser davantage à l’histoire intime de ses enquêteurs qu’aux enquêtes proprement dites, bien qu’il y ait souvent un lien entre les deux, et que les enquêtes restent passionnantes.

J’ai lu la plupart des titres la série, mais dans le désordre, ce qui fait que je m’y perds parfois un peu. Je conseille à d’éventuels futurs lecteurs intéressés de lire la série dans l’ordre. Le site Zonelivres.fr nous l’ indique :

  1. La Cité des Jarres
  2. La Femme en vert
  3. La Voix
  4. L’Homme du Lac
  5. Hiver arctique
  6. Hypothermie
  7. La rivière noire
  8. La muraille de lave
  9. Étranges rivages

Tous ces titres sont très récents, s’échelonnant entre 2005 et 2013. Ils peuvent se lire indépendamment, chacun développant une enquête spécifique et n’étant pas la suite directe du précédent. Mais lorsqu’on en devient comme moi « accro », on a envie de tout reprendre dans l’ordre, ce que je ferai sans doute dans quelques mois.

Le dernier, « Étranges rivages », est un chef-d’oeuvre. Comme les autres, on peut le lire même si on découvre le commissaire Erlendur. Mais on ressent vraiment autre chose si on connaît la vie du personnage, donc si on en a lu auparavant deux ou trois autres. C’est la parfaite adéquation entre l’ enquête qu’il mène et son drame personnel. Tout s’appelle, se croise, se rejoint. On ne sait pas si c’est le point final aux enquêtes d’Erlendur, même la dernière page nous laisse dans le doute, chacun y verra ce qu’il voudra y voir. Ce livre est empreint, comme les précédents, mais encore plus que les précédents, d’une grande sensibilité et d’un grand humanisme. Le commissaire est particulièrement obstiné, comme un Columbo arctique (sans ce côté faussement ridicule et petit-flic-qui-coince-les-grands-bourgeois), ici on est toujours dans l’empathie, l’envie de comprendre à tout prix, de trouver à tout prix (Erlendur se livre à des pratiques illégales) mais toujours dans le but d’aider les protagonistes de l’histoire. D’ailleurs il est en vacances, ce n’est pas une enquête officielle, c’est une recherche totalement personnelle, qui a un rapport avec son propre passé.

Rien à voir avec les thrillers sanglants, les tueurs en série abominablement imaginatifs, les suspenses haletants, les courses en bagnole, les massacres insoutenables, la violence complaisamment étalée qui font le bonheur de tout un tas d’auteurs de polars actuels (et vraisemblablement d’un grand nombre de lecteurs). Arnaldur est un écrivain qui va au fond de l’âme humaine.

C’est aussi quelqu’un qui construit une oeuvre. À l’instar de Tony Hillerman, dont j’ai déjà parlé ici, et de Henning Mankell, que j’évoquerai (ou pas) un jour, il conserve les mêmes personnages au fil de ses romans, et on les voit évoluer, s’aimer, s’engueuler, se séparer, se retrouver, vieillir, mourir parfois. La vie, quoi. En plus des intrigues qu’ils ont à dénouer.

Un régal de lecture.

 

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Sale semaine

Posted by Lionel Sugier sur 4 février 2014

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La semaine dernière, on nous annonçait quelques morts qui nous font nous sentir un peu moins nombreux.

Pete Seeger, protest singer américain légendaire, complice de Woody Guthrie, inspirateur de Bob Dylan et de Bruce Springsteen. Un type de tous les combats, contre le racisme, poursuivi par McCarthy, écologiste de la première heure, pacifiste, militant, subversif, engagé pour les droits civiques et contre la guerre au Vietnam… Un type rare. Et une légende de la musique folk nord-américaine.

Cavanna, inventeur de l’humour « poing dans la gueule », fondateur de Hara Kiri, journal « bête et méchant » puis de Charlie Hebdo, vent debout contre l’ordre établi et la connerie humaine, découvreur de Wolinski, Cabu, Willem, Reiser, Gébé, fin analyste de la société bourgeoise sclérosée, grand défenseur de la langue française (lui le petit Rital de Nogent, fils de maçon), auteur sensible des  Ritals, des Russkoffs, des Yeux plus grands que le ventre, auteur désopilant des Aventures de Napoléon ou des Aventures de Dieu, auteur historique aussi, des Fosses carolines, entre autres… Un ami qu’on aurait aimé rencontrer.

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Bon, comme on dit, ce sont toujours les meilleurs qui partent. Mais leur oeuvre, leur pensée, leur humanisme restent.

Certes, Cavanna n’aimait pas la musique, et Pete Seeger n’avait sans doute jamais entendu parler de Cavanna. Mais cela ne m’empêche pas d’aimer l’un et l’autre et de leur rendre hommage sur la même page, eux qui sont morts à deux jours d’intervalle.

Affectueuse pensée pour Jean-Louis Plus, de Saint Christol, un anonyme, lui, mais quel personnage ! Il nous manquera.

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« Diadorim », de João Guimarães Rosa

Posted by Lionel Sugier sur 13 mars 2011

« Diadorim »: téléfilm de la TV brésilienne

Photo de Marcelo Prates, 1985


Encore un pavé. Plus de 500 pages, sans compter la préface de Mario Vargas Llosa (excusez du peu), un avant-propos de l’auteur, deux notes de la traductrice, et un glossaire.

Il est bon d’avoir dépassé 50 ans et de découvrir encore des auteurs majeurs, des livres magistraux, totalement inconnus de soi il y a encore quelques semaines.

Ayant eu une intense période de lecteur de littérature sud-américaine, je pensais en connaître les auteurs principaux. Erreur. À la faveur d’une foire aux livres organisée par l’association Bidi, je fis récemment l’acquisition du roman d’un auteur brésilien, nouveau pour moi : João Guimarães Rosa. Le titre original du roman est « Grande Sertão : Veredas ». Le Sertão est une région immense du Brésil, souvent aride, très peu peuplée, où l’on peut marcher (ou chevaucher, ou rouler) des heures entre un village misérable et une grande propriété (fazenda) parfois de la taille d’un département français. Les veredas sont les oasis de ce désert de plateaux pelés (les chapadas). Le terme vereda peut aussi désigner le ruisseau, le marécage ou la petite rivière qui coule dans ces oasis. Le titre étant pratiquement intraduisible en français, la traductrice de 1991 (excellente, d’après les notes de la BNF), Maryvonne Lapouge-Pettorelli, a repris de la première traduction française de 1965 le titre « Diadorim », mot magique et mystérieux, qui est le nom de l’un des personnages (enfin, plus exactement le nom secret que lui donne le narrateur).

« Diadorim », le roman, est un monologue. Sans chapitres. Juste des paragraphes qui se suivent, et laissent très peu de blancs au lecteur pour respirer. C’est un propriétaire terrien qui raconte sa vie d’ancien jagunço à un interlocuteur jamais nommé, qui est un homme en visite, vraisemblablement un citadin cultivé, peut-être l’auteur, peut-être le lecteur… Mais qu’est-ce qu’un jagunço ? Les jagunços étaient des bandits armés à cheval qui sévissaient en groupes rivaux dans le Sertão, à la fin du XIXe et au début du XXe siècles, théoriquement au service de grands propriétaires, les fazendeiros, mais le rapport entre eux n’est pas si simple que ça dans le roman de Guimarães Rosa. Souvent, le puissant chef d’une bande de jagunços « offre » sa protection en échange d’argent, de biens, de chevaux, d’armes, sans trop laisser le choix au fazendeiro…

« Diadorim », publié au Brésil en 1956, outre sa forme peu commune, est à la fois un grand roman d’aventures, de guerres, de vengeance et d’amitié, mais aussi une réflexion sur le bien et le mal, sur Dieu (auquel tous les jagunços croient) et le Diable  (que tous les jagunços craignent mais dont le narrateur nie l’existence, comme un défi).

C’est aussi un livre au style unique, puissant, poétique et trivial à la fois, qui malmène et triture le langage, mêlant des termes savants, des pensées profondes, des descriptions amoureuses de la nature aux mots crus et violents des jagunços et de leur dure condition.

C’est également un roman d’amour, et sa plus grande particularité pour moi est de mêler l’amour « normé », programmé (un jeune jagunço promet le mariage à la fille d’un fazendeiro, il en est amoureux et il reviendra l’épouser après ses aventures), avec l’amour que l’on peut avoir pour une prostituée rencontrée une seule fois, et surtout l’amour homosexuel, platonique certes dans ce monde de guerriers machos et querelleurs, mais qui est sans doute l’amour le plus fort des trois, le plus sensuel. On ne s’y attend pas dans un roman de cette époque, venant de cette région et avec de tels personnages.

La pirouette finale m’a un peu déçu car Guimarães Rosa ne va pas au bout dans le traitement de l’homosexualité, il s’en tire par un artifice. Certains lecteurs trouveront cette idée géniale, superbe, inattendue (j’avoue avoir été surpris), moi je la regrette un peu. Disons qu’elle m’a laissé…perplexe.

Ceci dit, je partage l’avis des critiques que j’ai lues ici et là sur le net : « Diadorim » est un roman exceptionnel, un des plus grands de la littérature contemporaine, et l’écriture de João Guimarães Rosa est aussi forte et innovante que celle d’un Joyce, d’un Faulkner ou d’un Céline.

Un chef d’oeuvre littéraire du XXe siècle.

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Vous aimez lire ? Claro que si !

Posted by Grégoire Abitan sur 9 mars 2011

Cela fait un petit moment que je fréquente assidûment le blog de Claro. Ecrivain, traducteur et enfin critique (mais aussi éditeur), Claro nous propose (irrégulièrement… rien pendant quelques jours, puis un tir groupé de 3 ou 4 billets à déguster) ses avis, coups de coeur et coups de gueule : Le Clavier cannibale

Jamais tiède, engagé (à la fois par ses opinions et aussi parce que vivant dans le « milieu littéraire »), érudit sans être pédant, il m’a fait découvrir bien des auteurs qui valent le détour.

Je vous propose de faire figurer un lien permanent sur le bandeau de gauche de notre blog, (notre « blogoliste »), histoire de permettre à chacun d’aller y butiner de temps à autre.

Pour ceux qui veulent aller plus loin, on peut trouver des livres de Claro dans nos médiathèques; je vous recommande vivement « CosmoZ »

(En plus il fait également partie de ceux qui, de plus en plus nombreux, sont des lecteurs de Chevillard, maintes fois cité ici…hé,hé)

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Éric Chevillard, ce visionnaire…

Posted by Grégoire Abitan sur 31 janvier 2011

J’étais parti pour une note de lecture double car je me retrouvai avec deux romans sur ma table de nuit, deux nouveautés sorties il y a peu, et je m’imaginais les mettre en vis à vis dans le même billet. Funeste erreur et projet improbable. Il y aura donc un temps pour chacune.

Le titre vous a d’ores et déjà révélé l’auteur du premier livre que je vais vous recommander activement : « Dino Egger » d’Éric Chevillard, paru aux Éditions de Minuit (activement, soyons explicites, ça veut dire achetez-le).

Alors pourquoi visionnaire ? Lisez Dino Egger ! C’est la quête sérieuse mais aux confins de l’absurde d’un personnage réel n’ayant pas (encore) existé. Défini par son absence et le manque qu’elle crée, Dino Egger serait sans nul doute l’homme providentiel des prochaines cantonales, comblant à la fois Jean-Charles et Lionel (d’où le titre que je me permets de leur dédier). Peut-être serait-il seulement celui qui nous écrirait ici, dans ce modeste blog, le commentaire après lequel commenter n’aurait plus de sens (Éric c’est vraiment toi ?).

Vous voyez, j’étais parti pour vous parler sérieusement de ce livre et je ne fais que le pasticher maladroitement. Éric Chevillard, je vous le dis pour que vous ne soyez pas surpris, est fou. Fou de langage et, si le côté instantané de « l’autofictif « , cet exercice quotidien que vous pouvez suivre grâce au lien situé là sur le bandeau de gauche, vous paraît surfait, vous serez emportés par ce texte de 160 pages.

Rien de compliqué mais sans quitter son propos (où est Dino Egger ?), Éric Chevillard nous ballade d’un possible à un autre, nous (dés)oriente du Nord au Sud, de haut en bas ou d’hier à demain et nous laisse enfin, éblouis et titubants, comme des gamins après un tour de manège. Encore ! Encore !

Allez-y ! Voici un lien vers « Dino Egger » sur le site de son éditeur : c’est là. Vous pourrez accéder aux premières pages du livre.

J’aime commencer un livre avant de l’emporter et si les premières lignes m’emballent, je ne le lâche plus. Je vous souhaite pareille attitude.

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No Future

Posted by Lionel Sugier sur 29 novembre 2010

Allons bon ! Voilà notre Grégoire qui se fait un deuxième « coming out » en s’avouant maintenant fan de SF. Tu me diras, après le football, ça pouvait pas être pire. Mais c’est pas forcément mieux.

La plupart des bouquins de SF que j’ai essayé de lire me sont régulièrement tombés des mains. J’ai pourtant tenté les maîtres incontestés : Bradbury, Asimov, Van Vogt, Frank Herbert… Pour moi, ce genre relève presque toujours d’une prétention littéraire boursouflée. Les auteurs de science fiction sont souvent des adultes mal grandis, qui pensent régler le sort du monde par allégorie, une façon bien naïve de décrire l’aujourd’hui en le transposant à un demain peuplé d’êtres menaçants, qui serait notre futur tragique, forcément tragique…

Pire que tout, les grands maîtres de la SF manquent particulièrement d’humour. Jeune adulte, j’ai toujours préféré, au coeur des années 70-80, la dérision de Fluide Glacial à la branchitude sci-fi de Métal Hurlant. Il n’y a qu’à voir ce qu’est devenu aujourd’hui Giraud/Moebius, entre peyotl et sectarisme new age…

Alors bien sûr il existe des exceptions. En France tout d’abord, quelques oeuvres de Robert Merle et de René Barjavel sont particulièrement réussies. (Peut-être parce qu’elles n’ont pas besoin de se tourner vers des planètes inconnues peuplées d’aliens issus de la pauvre imagination de l’homme terrien, même écrivain, êtres à la fois trop ressemblants et trop superficiellement différents, comme par une sorte d’anthropomorphisme que nos auteurs ont du mal à dépasser.) Elles se passent sur Terre, et nous questionnent sur le pouvoir, sur les choses abominables que l’homme est prêt à accomplir pour sa survie. Dans cette catégorie on peut aussi englober le 1984 d’Orwell ainsi que Le meilleur des mondes et La paix des profondeurs d’Huxley. On n’y parle pas de martiens, mais de (hé oui…) politique. J’ai lu aussi autrefois un bouquin très original, dont je ne me souviens ni du titre ni de l’auteur, qui mêlait linguistique et science fiction, avec un parallèle entre des langues de peuples primitifs et d’aliens. Qui pourra me renseigner sur ce livre me fera un grand plaisir…

Enfin, pour terminer sur une note plus gaie, saluons la science fiction quand elle se tourne résolument vers l’humour, la dérision et l’auto-parodie, comme dans la BD Valérian de Mézières et Christin, et surtout les hilarantes nouvelles (parfois de quelques lignes seulement) du génial et regretté Fredric Brown.

Bon. Peut-être que je vais lire Damasio, mais j’ai le sentiment que je risque de m’ennuyer profondément…

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Là, ça décoiffe vraiment !

Posted by Grégoire Abitan sur 26 novembre 2010

Souvent on distingue la vie réelle et ce qui se passe dans les romans. En particulier lorsqu’il s’agit de romans dits de « Science-Fiction ».

Je voudrais donc très sérieusement attirer votre attention sur « La Horde du Contrevent » d’Alain Damasio publié en 2004 aux éditions La Volte

Et là, petit aparté, c’est la classification elle-même qu’il faut bousculer comme celle des genres musicaux (on en a beaucoup parlé sur ce blog) car sinon seuls les amateurs de SF (je ne traduis pas !) iront prendre sur les rayons cette oeuvre et pour beaucoup n’y trouveront pas ce qu’ils ont l’habitude de lire dans ce genre-là. De plus, beaucoup de lecteurs n’iront même pas parcourir le rayonnage en question au prétexte qu’il s’agit de Science-Fiction et qu’ils n’en lisent pas (c’est même dit parfois avec fierté). On pourrait décliner cet aparté au sujet des « polars » et autres romans noirs…

Pourtant ce bouquin-là, « La Horde du Contrevent », est singulier. Je ne sais pas comment vous le décrire car en résumer l’histoire ne suffira pas à rendre compte de l’effet produit par cette écriture à la fois simple et sophistiquée. Je vais donc reprendre la critique publiée sur le site « Le Cafard Cosmique » par un certain « Pat ».

C’est une quête.

La quête d’un groupe d’hommes et de femmes remontant une terre plate à la recherche de la source du vent, ce vent contre lequel ils luttent pour avancer et qui a forgé leur univers, leur culture, la forme de leurs maisons et de leurs chansons, leur langage et leur enfance.

La quête d’un auteur au bout des mots, au bout du souffle, en pleine expérimentation en royaume de fantasy, avec poésie, audace et ce qu’il faut de lyrisme pour réussir un chef-d’oeuvre.

Et pour être complet (après tout, ici, je n’hésite pas à m’octroyer toute la place que je souhaite) voici la quatrième  de couverture de l’édition de poche publiée chez Folio en 2007 :

Un groupe d’élite, formé dès l’enfance à faire face, part des confins d’une terre féroce, saignée de rafales, pour aller chercher l’origine du vent.
Ils sont vingt-trois, un bloc, un nœud de courage : la Horde. Ils sont pilier, ailier, traceur, aéromaître et géomaître, feuleuse et sourcière, troubadour et scribe. Ils traversent leur monde debout, à pied, en quête d’un Extrême-Amont qui fuit devant eux comme un horizon fou.
Expérience de lecture unique, La Horde du Contrevent est un livre-univers qui fond d’un même feu l’aventure et la poésie des parcours, le combat nu et la quête d’un sens profond du vivant qui unirait le mouvement et le lien. Chaque mot résonne, claque, fuse : Alain Damasio joue de sa plume comme d’un pinceau, d’une caméra ou d’une arme…
Chef-d’œuvre porté par un bouche-à-oreille rare, le roman a été logiquement récompensé par le Grand Prix de l’Imaginaire.

Voilà pour la promotion et la trame de ce livre. Une de ses singularités réside surtout dans la forme de la narration : c’est un récit à plusieurs voix (22 pour être précis) et les voix se succèdent, signalées seulement par un petit pictogramme qu’on finit par mémoriser. Fort heureusement, un signet détachable est fourni, ce qui permet tout d’abord de marquer sa page (en réalité peu utile car vous aussi, vous allez le lire d’une traite), mais surtout de savoir qui « parle » !

J’ai commencé ce billet en parlant de la vie réelle : lisez ce livre (et après tout, peu importent l’histoire, les personnages etc etc) puis allez vous placer dans un endroit venté (avec ou sans éoliennes…), fermez les yeux et écoutez le bruit du vent, écoutez le bruit de tout ce qui est déplacé par ce vent, sentez-en toutes les différences d’intensité et de  rythme et là vous comprendrez pourquoi ce livre m’a décoiffé.

L’air qui nous entoure est formé de véritables veines de vents et la lecture de ce livre devrait être obligatoire dans toutes les écoles de parapente, de voile, d’aviation ou même de parachutisme.

Pour finir, et parce que là encore ça en vaut la peine, procurez-vous le premier roman d’Alain Damasio : « La Zone du Dehors », là aussi on est dans l’imaginaire mais un imaginaire plus politique. Promis, je le relis pour rafraîchir ma mémoire et vous en fais un billet prochainement !

D’ici là, pour compléter votre plaisir, voici le lien vers un site dédié à l’univers de ce livre, à chacun d’y trouver un complément : c’est là


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Est-il possible qu’un jour on reste bloqué ?

Posted by Lionel Sugier sur 27 septembre 2010

Pourquoi lorsque je lis des polars d’auteurs plus ou moins prestigieux, il me vient la nostalgie des aventures de Joe Leaphorn et de Jim Chee, héros navajos de l’oeuvre de Tony Hillerman ?

Pourquoi lorsque j’entends des groupes actuels qui font l’unanimité auprès des amateurs de rock, comme par exemple Arcade Fire, je trouve ça beaucoup moins intéressant que Grandaddy, Sparklehorse ou Daniel Johnston ?

Se peut-il qu’un jour donné, à un âge donné, dans une vie, après avoir beaucoup lu, beaucoup écouté de musique, on reste bloqué sur un auteur, un style, une époque ?

Je trouve bien sûr que certains auteurs sont indépassables, et je place tout au sommet Céline et Joyce. J’ai eu de grands plaisirs de lecteur, c’étaient des plaisirs successifs, Boris Vian, Cavanna, John Fante, Dos Passos, Sartre (romancier), Garcia Marquez, Jorge Amado, Robert Merle (sauf sa période moyenâgeuse), Barjavel, Vargas Llosa, Lawrence Durrell, Didier Daeninckx, Jonathan Coe, Jim Harrison, j’en passe et des dizaines… Mais un plaisir, loin de chasser l’autre, venait l’enrichir. Or depuis Tony Hillerman j’ai l’impression d’être frustré, de ne plus retrouver la jubilation que cet auteur m’a donnée.

En musique (rock) c’est pareil. Là aussi il y a les grands maîtres incomparables : Neil Young (pour moi le plus grand, mais il faut connaître toute son oeuvre et pas seulement Harvest), Bob Dylan, Leonard Cohen et John Lennon. Et puis d’autres plaisirs sont venus, innombrables, s’empilant les uns sur les autres, Pink Floyd, Genesis, Dire Straits, The Doors, The House Of Love, The Waterboys, Lou Reed, Bowie, The Clash, Nick Cave, Johnny Cash (liste en vrac et non exhaustive). Mais depuis Grandaddy qui m’a permis de découvrir des groupes voisins, comme Mercury Rev ou Midlake, tout le reste m’intéresse moins.

Le pire c’est que mes petits chouchous sont considérés par la critique (et le public qui les connaît) comme des artistes qui jouent en deuxième division. En haut du tableau, certes, mais en deuxième division.

Le fait est là : mes plus grands plaisirs de lecteur et d’auditeur me sont procurés par ces auteurs et musiciens qui attirent juste une vague sympathie auprès des cultureux patentés.

C’est grave, docteur ? Est-ce que je vais m’en sortir ? Suis-je devenu un obsessionnel compulsif ? Ou juste trop vieux ? À part la célèbre sentence sur les goûts et les couleurs, un peu léger comme diagnostic, que pouvez-vous me dire ?

Suis-je définitivement bloqué ?

Vous vous en foutez, de ce que je raconte, hein doc ? Certes je suis un grand malade. Mais y a-t-il un traitement, et si oui, sera-t-il efficace à ce stade ?

Preuves de la gravité de mon état : je n’écoute presque rien d’autre que le dernier Daniel Johnston dont je vous parlais il y a quelques temps, je viens de commander sur le net les disques de Sparklehorse et d’ Admiral Radley, le nouveau groupe de Jason Lytle (leader de feu Grandaddy) que je ne trouve pas même à la FNAC, et je suis plongé dans « Hillerman Country », qu’un ami m’a donné, je ne dis pas son nom car je ne veux pas froisser la modestie de Grégoire Abitan sa modestie. Ni lui faire de pub.

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